Livre

Mémoire d’un œuf – Une histoire de 40 ans d’expatriation

Patrick Huchet, mémoires d'un oeuf

A quoi songeait Patrick Huchet quand, commençant à peine de profiter de la retraite, après une vie professionnelle presque entièrement accomplie à l’étranger, comme banquier puis comme antiquaire spécialisé dans le mobilier colonial, à la tête de « Planters’house », il s’est attaqué au défi de raconter sa vie ? L’intéressé y répond par une pichenette qui figure en exergue de son livre: « Cet essai a pour modeste but de laisser une trace à ma chère descendance, aux  proches et pourquoi pas aux quelques esprits curieux que compte encore notre vieux pays.…».

Les esprits curieux ne manqueront pas de trouver dans « mémoire d’un œuf » matière à réflexion et divertissement. Patrick Huchet s’y raconte, en homme gourmand de la vie, chanteur et pianiste, la dent gentiment dure à l’égard de certains qui, croisés à des moments divers de sa vie de banquier, lui ont paru plus grotesques qu’impressionnants, s’attachant manifestement d’abord à paraître et ne brillant pas toujours par leur compétence. Il y est tendre avec ses proches et ravi de la deuxième vie professionnelle qu’il a menée, après la Banque, en duo avec sa femme, Annig. Le livre, à lire d’une traite, est un merveilleux témoignage sur l’expatriation, écrit à la première personne. Une histoire simple qui ne prétend pas faire entrer son auteur au Panthéon, si ce n’est celui des hommes curieux, puisque le livre leur est destiné, qui ont décidé de quitter les sentiers trop convenus et les paysages familiers, pour remplir leur vie, avec gourmandise, des découvertes et rencontres qu’on fait en voyageant.

Dans quelles circonstances vous êtes-vous lancé dans ce projet d’écrire votre biographie ?

Patrick Huchet - J’ai profité d’un long séjour au Laos, à Luang Prabang, pour démarrer. Je n’avais pas pensé le projet en avance, mais je l’avais en tête. J’ai pris mon stylo bille et mon cahier et je me suis mis à écrire en m’imposant la discipline, quoi qu’il advienne, de rester assis devant mon cahier de 9h à 12h.

C’était un sacré défi que de se mettre ainsi à écrire. Comment les choses se sont-elles passées ?

- Je craignais évidemment le syndrôme de la page blanche. Mais finalement, je n’y ai jamais été confronté. Comme mon récit se fait de manière chronologique, il m’a suffi de laisser courir ma plume depuis le moment de mon départ pour une première expatriation à Hong Kong, il y a 37 ans, jusqu’à aujourd’hui. Les idées se sont enchainées. A posteriori, je me suis aperçu, en reprenant mon cahier, qu’il comportait très peu de rature.

Revenons au début. Dans quelles circonstances êtes-vous parti à l’étranger ?

- Après des études de Droit, je suis rentré à la BNP à Rennes. Le choix de la Banque, au départ, s’est fait de manière naturelle. J’avais obtenu une maitrise de Droit. Je n’étais pas matheux et n’avais pas envie d’enseigner. Après cette première expérience en province, la suite logique aurait été de monter à Paris pour suivre la filière de l’inspection générale. Mais je n’étais tenté ni par Paris ni par l’Inspection générale. J’étais un peu frondeur. C’est mon côté breton Quand on m’a offert de partir à Hong Kong, j’ai donc tout de suite saisi l’opportunité. Ensuite, les postes se sont enchainés. Je suis resté à la BNP de 1973 à 1988. J’ai ensuite rejoint la Banque Worms, fait un rapide passage par le CIC et terminé ma carrière de banquier à la banque suisse Ferrier Lullin  (absorbée en 2006 par Julius Bär).

Dans le livre, vous n’épargnez pas certains des responsables que vous avez cotoyés lorsque vous travailliez dans la banque.

- C’est vrai. Dans le livre il y a certains personnages que j’écorche un peu. C’est pour ça que j’ai pris le parti de ne les désigner que par leurs initiales. C’est le cas de DD, à la banque Worms, qui  était un gentil mythomane narcissique. A part cela, je suis d’un naturel plutôt bienveillant.

Et puis, vous décidez de changer de cap…

- Je n’étais pas un financier à proprement parler. J’étais plutôt un commercial et un animateur d’équipe. Dans la banque, j’ai toujours eu du mal à supporter la pesanteur de la hiérarchie. Au fond, j’ai mis 22 ans à sortir de la Banque. Ma deuxième vie professionnelle a été autrement plus passionnante. Après la banque, j’hésitais sur la direction à prendre. C’est Annig qui m’a suggéré de lancer ma propre activité dans le domaine des antiquités. C’est ainsi que j’ai lancé Planters’house,  spécialisé dans le mobilier colonial. A vrai dire, je n’y aurais pas pensé tout seul. Mais Annig avait déjà lancé son activité, qui marchait bien depuis plusieurs années. Nous avions les mêmes fournisseurs en Chine, Thailande et Birmanie.

Après la Banque, n’était-ce pas difficile de se confronter aux aléas de la petite entreprise ?

- De 1996 à 2007, l’affaire s’est bien développée. Le contexte a changé en 2008. En 2004, déjà, il y avait eu l’épisode du  SRAS. A cette époque, il était devenu Impossible d’importer  quoi que ce soit pendant 6 mois à Singapour. Il a fallu vivre sur notre stock. A partir de 2008, les packages d’expatriation ont beaucoup évolué. Finis les contrats confortables et les grandes  maisons qu’il fallait meubler. Les nouveaux expatriés sont désormais plus jeunes. Ils viennent moins longtemps, vivent dans de plus petites surfaces et se meublent « efficace », notamment depuis l’arrivée d’IKEA. Il a fallu être créatif. C’est à cette période qu’Annig a eu l’idée d’organiser des soirées d’enchères qui ont eu beaucoup de succès.

Quelle différence entre ces deux périodes de votre vie ?

- La grande différence entre la Banque et Planters’house c’est que, dans la Banque, il faut travailler très longtemps pour faire de nouveaux clients. J’étais tenace, tant mieux. Mais à la longue, c’est une situation frustrante. Le bonheur, quand on tient un magasin, c’est l’immédiateté.

Et puis est venue l’heure de la retraite. Mais vous avez décidé de rester à Singapour

- Nous avons pris la décision d’arrêter en 2014. Mais nous n’étions pas prêts à tirer un trait sur Singapour. Nous avons eu la chance de pouvoir organiser une existence à cheval sur les deux continents. On quitte Singapour début Mai et on y revient mi-octobre. C’est une organisation magnifique mais qui présente aussi des inconvénients. Quand on me demande où j’habite, j’ai du mal à répondre. J’ai le cul entre deux chaises. Entre le Var et Singapour, nous avons deux  groupes d’amis qui sont complètement différents. Dans le Var, nous sommes  dans la nature. A  Singapour nous menons une existence urbaine.

Quel regard portez-vous rétrospectivement sur ces 40 années d’expatriation ?

- Un regard évidemment très positif. Après toutes ces années, un seul petit regret: ne pas compter plus d'amis locaux dans nos relations, ce qui ne nous empêche cependant pas d'avoir des liens très proches avec certains d'entre eux.

Le premier tirage de « Mémoire d’un œuf », dans sa version papier, étant épuisé, le livre est désormais essentiellement disponible en version numérique sur KOBO à l’adresse suivante : https://www.kobo.com/fr/fr/ebook/memoires-d-un-oeuf
 

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