Ces talents locaux qui chassent les expats

Dans un article récent, le magazine anglais the Economist sonnait la fin des expatriés : les Filth des grandes années (Failed in London trying Hong Kong) risquent bien, alerte le magazine avec un humour très britannique, d’être remplacés par les Fishtail (Failed in Shanghai, trying again in London). Les talents locaux chassent-ils les expatriés? Les chiffres de la mobilité montrent que les tendances ne sont pas si claires.

Dans un contexte de vive croissance, les employeurs donneraient désormais systématiquement la préférence à des candidats locaux, bien diplômés, connaissant la langue et le contexte des affaires et disposant de surcroît de ce réseau de relation (Guanxi en Chine) si essentiel dans les pays d’Asie.

De fait, le vivier des talents locaux, formés dans de grandes universités sur place ou dans les établissements les plus prestigieux à l’étranger, est en forte augmentation. En Chine, le gouvernement met en place des dispositifs pour faire revenir aux pays les élites formées à l’étranger ( Ces élites ont même un nom : les tortues de mer).

Les entreprises locales ont supplanté les multinationales dans le cœur de leurs jeunes publics.  Elles multiplient les opportunités, offrent de véritables parcours de carrière et excitent l’orgueil national de travailler pour une entreprise asiatique. Depuis 2003, selon les chiffres avancés par The Economist, près de 325 000 Chinois seraient ainsi revenus en Chine après avoir étudié à l’étranger.

Les multinationales sont contraintes de suivre sur le même registre. Engagées dans une guerre des talents qui est au cœur de leur développement en Asie, elles privilégient désormais les talents locaux, non seulement pour des questions de coûts, mais aussi et surtout pour construire, parmi les jeunes embauchés, un vivier de talents, durablement installés dans la région et capables dans l’avenir d’exercer jusqu’aux plus hautes responsabilités, en lieu et place des expatriés.

Est-ce véritablement le tocsin qui sonne pour les expatriés et assiste-t-on à la fin d’une époque pour la mobilité des occidentaux vers l’orient ? Rien n’est moins certain. Si l’expatriation des 30 glorieuses, avec ses packages brodés d’or, a sans doute disparu, il n’est que de constater le flux croissant des mobilités professionnelles pour se convaincre que les entreprises multinationales continueront durablement d’employer aussi des talents occidentaux sur place; ne serait-ce que pour favoriser les transferts d’expertise et offrir à leurs meilleurs « espoirs » ces parcours de carrière propres à développer le leadership global.

De même assiste-t-on  à un mouvement croissant de jeunes professionnels, stimulés par les études, stages et VIE réalisés à l’étranger, prêts à démarrer leur carrière hors des frontières de leur pays, moins soucieux du package, peu anxieux de l’absence de filet et surtout plus avides de défis, d’opportunités de développement et de parcours rapides.

Enfin, les grandes entreprises asiatiques ne manqueront pas, dans le contexte du déploiement de leurs activités vers les marchés occidentaux, de faire le même pari à rebours que les multinationales naguère; recrutant sur place de jeunes occidentaux ouverts à la culture et envoyant se développer à l’étranger des cohortes de talents nationaux.

Dans ce contexte, le flot des mobilités croisées est loin de se tarir. La région Asie pacifique restera durablement un pôle attractif pour les professionnels, jeunes et moins jeunes, désireux de s’y installer.  On ne saurait donner de meilleur conseil aux intéressés que de continuer d’investir dans des expériences professionnelles en Asie, l’apprentissage des langues et de la culture du pays, et le développement de leur propre guanxi.

Article dans le The Economist: "Locals first- Employment in Asian firms is booming- but for locals, not western expats"

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