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Débats autour du salaire minimum à Singapour

Avec la décision de la Malaisie d’instaurer un salaire minimum, Singapour se trouve de plus en plus isolée sur le terrain du soutien aux bas salaires. La cité du lion a toujours résisté à l’idée, mais le débat fait désormais rage entre ceux qui considèrent que le salaire minimum serait un handicap trop lourd pour  le maintien de la croissance et ceux qui sont d’abord sensibles aux risques de tensions sociales.

Dans un certain nombre de pays en Asie, Chine en tête, on a récemment mis en place un salaire minimum ou augmenté les bas salaires, afin de contenir les tensions liées à l’écart croissant entre les plus hauts revenus et les plus faibles. En Chine,  les mouvements sociaux à répétition l’an dernier ont contraint les entreprises, à l’instar de Foxconn, à augmenter les salaires de manière significative, et les prévisions du gouvernement chinois tablent désormais sur une augmentation des revenus d’au moins 13% par an au cours des 3 prochaines années.  La Malaisie, de son coté,  a mis en place, le mois dernier, un salaire minimum de 900 ringgits (362 S$) pour ses 3,2 millions de travailleurs les plus pauvres.  En Mai, la Thaïlande  a porté le salaire horaire minimum de 180 à 300 bahts (12,3 S$). Au Vietnam, le gouvernement  a annoncé son intention d’augmenter le salaire minimum des travailleurs du secteur public de 27%, à 1,05 million dong (64,3 S$) par mois. A Hong Kong, enfin, un salaire minimum horaire de HK$ 28 (4,6 S$) a été mis en place. Même si l’on est encore loin du SMIC français (1398,37€/mois soit 2251,7 S$)), ces initiatives témoignent d’un mouvement de fond dans des pays caractérisés par une forte croissance.

A Singapour, il n’existe pas de salaire minimum, mais le débat est bel et bien ouvert. La cité du lion brille par ses résultats économiques qui lui permettent d’afficher un Produit National brut (PNB) par habitant (S$ 63050 soit 39147 €),  parmi les plus hauts du monde mais, dans un pays ou 1 habitant sur 6 est  millionnaire et où le salaire moyen d’un ouvrier de nettoyage est de 616 S$, les inégalités sont particulièrement fortes et sources de tensions.

Le patronat ne veut pas entendre parler d’un salaire minimum, arguant que ce type de contrainte est incompatible avec le modèle de croissance choisi par Singapour et agite le chiffon rouge de la perte de compétitivité. Pourtant, des voix inverses se font entendre. Certains, comme Lim Chong Yahs, économiste à la Nanyang Technological University (*), vont jusqu’à proposer d’augmenter le salaire des travailleurs gagnant moins de 1500S* par mois  de 50% sur 3 ans, tout en bloquant celui des personnes gagnant plus de 15000 S$ par mois sur la même période.  Pour l’intéressé, il s’agirait ainsi, à la fois, de réduire les écarts de revenus, de rompre la dépendance excessive de Singapour à l’égard de la main d’oeuvre étrangère bon marché, voire de faire échec à ce que l’intéressé a appelé « un syndrome de dépendance » des travailleurs les moins payés à l’égard des dispositifs de redistribution.

Le premier ministre Lee Hsien Long a sifflé la fin de la partie, soulignant que « la seule manière réaliste d’avancer est de le faire pas à pas, les salaires et la productivité augmentant de manière conjointe aussi vite que nous le pouvons, aussi rapidement que possible ».

De fait, si consensus il y a en la matière, il réside dans la nécessité pour l’économie de Singapour de continuer d’évoluer vers des activités à plus forte valeur ajoutée,  fondées sur une augmentation de la productivité et l’élévation des compétences. 

Signe des temps, le conseil National des Salaires a recommandé en Mai dernier -une première depuis 1984- que les salaires inférieurs à 1000 S$/mois bénéficient d’une augmentation d’au moins 50 S$.

(*) cité dans China daily- Asia weekly 1-7 June 2012

Article paru dans Lepetitjournal Singapour

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