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Marien Guillé, conteur et poète

Marien Guillé, conteur et poète

Voyageur-conteur infatigable, Marien Guillé a fait ses classes à Singapour qui lui a servi de port d’attache pour découvrir l’Asie et l’Océanie. Revenu en France, il a pris garde de poser ses valises, continuant de voyager, de se produire et d’écrire. Puis il est parti au Rajasthan, le pays de son père, qu’il n’a pas connu. Il en a rapporté un récit palpitant, tendre et tragique, dont il a fait un spectacle : « Import-Export, récit d’un voyage en Inde ».

A Singapour, Marien Guillé avait été comédien, professeur de théâtre, chroniqueur et « poète de proximité », vivant de peu, voyageant beaucoup, faisant de tout provision pour nourrir son imagination. Quand il rentre en France, il ne se décide pas à poser ses valises. Tout au « bonheur de retrouver la France, les saveurs de ses marchés, ses bouchers qui demandent des nouvelles de la voisine, ses terrasses de café… », l’envie lui prend de continuer de bouger, de ne pas s’arrêter là, mais de profiter de son regard aiguisé de voyageur du bout du monde pour redécouvrir le pays de ses souvenirs, celui de ses copains. Ainsi va-t-il, sac au dos, faisant un tour de France. A chaque étape, il extrait de sa mémoire des émotions, des images qui dormaient. Il voyage et s’enchante de son dépaysement, semblable à celui qu’il était allé chercher loin.

Une marche en Provence

Puis, au bout de six mois d’itinérance à travers la France, Il veut faire la Provence à pied, la région de son enfance. A chaque étape, il donne une représentation, puisant à la source du spectacle qu’il avait créé à Singapour, « Lettres de Singapour et du bout du Monde », lisant des poèmes ou des textes. Aucune étape n’est semblable à la précédente. Aucun public ne ressemble à celui de la veille. Parfois, Marien se produit chez l’habitant pour 3 ou 4 personnes, parfois c’est au café, parfois dans une école. Le principe qui importe est celui de l’échange. On lui offre le gite et le couvert. Marien offre en retour l’évocation de ses impressions de voyage. Et chaque fois la magie opère. Un souvenir en appelle un autre. L’échange s’établit. On s’intéresse, on se raconte. On s’invite, par le truchement du récit oral, à la contemplation de ses propres richesses intérieures. Artiste-nomade-vagabond, Marien est gourmand de toutes les étiquettes, de toutes les expériences pourvu qu’elles le mettent en situation d’accueillir. Pourquoi courir ainsi ? Pourquoi voyager plutôt que poser ses valises et s’installer ? Parce qu’il aurait peur, s’il s’installait quelque part, de fermer la porte à tout le reste qui est à découvrir. Sur les chemins de Provence, pendant 1 mois, Marien marche, songe et rêve de repartir.

Spectacle « Import-Export »

Ambiance chaude, un soir d’hiver, dans un appartement du XIVème arrondissement à Paris. Comme l’espace est compté, le public, de tous âges, s’est entassé, sans manière, sur le canapé, les chaises, le pouf, la table basse et les tapis. Au milieu de cette petite foule mal assise mais concentrée, une paire de m2 miraculeusement laissée libre, sert de scène à l’artiste. Voyageur-conteur, comédien et poète, Marien Guillé est devenu un habitué de ces lieux intimes.  Même s’il lui arrive aussi de s’échapper vers des espaces publics – théâtre, collège, salle de spectacle ou festival – qui offrent à son récit des audiences plus larges, il aime ces lieux privés où il peut entendre les pulsations du public. Ce soir il donne « Import-Export », le spectacle qu’il a créé à l’issue de son voyage en Inde. Malgré ou à cause de la chaleur, le public se laisse embarquer sans résistance à destination du sub-continent indien. L’air de rien, comme par surprise, Marien Guillé, l’entraîne à sa suite par l’imagination. Départ de l’action chez sa mère et sa grand-mère à qui il fait part de son intention de partir en Inde : stupeur des intéressées et déjà conseils de prudence et recommandations. Vient le départ et surtout le débarquement à Bombay : une révolution ! « J’étais en Inde depuis une heure, et déjà j’en pouvais plus ! J’étais épuisé, fracassé, terrassé, décomposé, défragmenté! Je veux dormir! Je veux du silence ! Je veux un banc, rien qu’un banc en béton au bord de la route ! ». Marien veut prendre le train. Il découvre la réalité de l’Inde : des gens partout, des queues anarchiques... C’est le choc culturel, en mode multi-sensoriel … « Là, y’a des chèvres qui rentrent dans la gare. Elles s’immobilisent un instant comme si elles faisaient une analyse rapide de la situation. Et je les vois qui s’avancent, tranquillement, vers le guichet, l’air bien décidé à acheter un ticket. Puis le berger arrive, double toute la file, et demande 8 tickets, tarif troupeau, troisième classe, s’il vous plaît ? ». Il ne sait pas comment, Marien parvient à acheter un billet. Il essaye sans succès de monter dans le train. Il tente le lâcher prise. La foule le porte à bord. Encore faut-il pouvoir en sortir. Comment savoir où descendre ? Et comment descendre tout court ? Lâcher-prise encore : Marien se retrouve, confus mais vivant, sur le quai de Chembur.

Il est comme ça le spectacle de Marien Guillé : une plongée en apnée dans l’univers de l’Inde. Avec une étonnante économie de moyens, le comédien-conteur met en scène certains détails de la vie quotidienne qui par la magie du récit burlesque prennent une dimension épique. Il y a le vendeur pot-de-colle, qui a réponse à tout, rebondit sur chaque réponse négative qu’on croyait définitive, et dont l’imagination en matière de choses à vendre au touriste semble n’avoir pas de limite. Il y a les embouteillages qui se transforment en une jubilatoire course de vitesse entre des engins presque totalement à l’arrêt. Il y a les touristes allemands qui prennent Marien pour un local, et les touristes Français qui se gargarisent de doctes considérations sur les gens et le pays. Par le geste et la parole, Marien fait tout surgir, avec humour, du grenier mental où se sont entassés impressions, sensations et souvenirs. 

Et puis il y a l’essentiel. Sur ces impressions de voyages, pleine de distance et d’humour, gorgées de couleurs, de sonorités et de saveurs, Marien Guillé superpose un autre voyage, plus intérieur : l’exploration de ce pan d’identité auquel il a longtemps été dans l’impossibilité de prêter le visage et la culture de son père. « J’avais l’impression, explique-t-il dans le spectacle, d’être un bateau qui venait de larguer les amarres. J’avançais sur l’océan, chargé d’une cargaison provenant de mes deux pays-racines, j’allais d’un continent à l’autre, chargeant et déchargeant mes deux conteneurs : l’un me semblait toujours incomplet et l’autre, j’en j’ignorais tout ; je faisais des allers-retours entre ces deux visages de moi-même, je prenais des morceaux d’inde, des bouts de France et j’essayais de les harmoniser, de les ranger comme il faut, de les assembler. Je cherchais à atteindre la rive, aller de l’avant, faire le grand saut, le grand écart, penser en indien, agir en indien, réagir en français. Tout le temps, passer d’une culture à l’autre, faire des allers-retours, piocher à droite à gauche ; aller, revenir, me charger, me décharger ; j’envoyais sans cesse des signes d’un pays à l’autre, c’est le principe de l’import-export : il fallait faire le tri entre ma cargaison indienne et ma cargaison française, faire sortir des choses pour en faire rentrer d’autres, que tout tienne dans un seul conteneur ».

Et aujourd’hui ?

« Aujourd’hui, confie Marien, j’ai un sentiment d’accomplissement, l’impression de réunir un certain nombre de choses qui étaient éparpillées en moi. Ma marque de fabrique, c’est celle du conteur qui témoigne de son voyage. Après l’Inde, je suis allé aux Iles Féroe dont j’ai tiré la matière d’un autre spectacle, « Disparaître ». Aujourd’hui j’ai à ma disposition une sorte de quadriptyque :  Les Lettres de Singapour et du bout du Monde, La Provence à Pied, Import Export et Disparaître. Je puise dans cette réserve. Mais il est vrai que le spectacle sur l’Inde a une dimension spéciale, autant intime que géographique, qui fait qu’il est énormément plébiscité par le public… »

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Le petit tracteur rouge

le petit tracteur rouge

De mes dossiers datant d’une expatriation aux Etats-Unis, quand mes enfants étaient encore des enfants, j’ai ressorti plusieurs histoires que j’avais écrites. Trois d’entre elles mettent en scène Zoé et Louis dans des aventures qui se déroulent, l’une, à Réville, en Normandie, l’autre, dans l’univers du Cinéma, la troisième, au temps des chevaliers. Une autre histoire, l’élixir de l’oubli, est un récit au long cours que je leur racontais lors des voyages que nous faisions en sillonnant l’Amérique.

J’ai eu envie de reprendre la première histoire et d’en faire un livre. A Singapour, j’ai demandé à Aude Gooly, artiste peintre dont j’adore le travail, si elle voudrait bien l’illustrer. Elle a répondu avec enthousiasme. A 12000 kms de distante, s’est ainsi mise en place une collaboration heureuse autour d’un petit tracteur rouge.

La scène du « petit tracteur rouge » se déroule à Réville, un petit village de Normandie où, avec mes frères et sœurs, mon chien, mes chats, un âne, j’ai passé tous mes étés, comme ma mère et ma tante l’avaient fait avant moi et comme l’ont fait à leur tour Zoé et Louis avec leurs cousins, leurs cousines et leurs grand-parents. C’est dire l’attachement que j’ai pour ce petit bout de territoire, à l’extrémité de la presqu’ile du cotentin, aux paysages de plages, de pâturages, de champs et de pierres grises qu’illumine souvent un soleil scintillant après la pluie.

Petit à petit, sans que je lui donne d’autres indications que celles contenues dans le récit, Aude a donné une représentation concrète aux héros et aux personnages, au petit tracteur rouge et au village de Réville.

C’est un processus particulièrement émouvant que de voir prendre forme des images que l’on a dans sa tête et qui naissent de manière étonnamment fidèles et cependant différentes sous le pinceau de l’artiste. Le village qu’a peint Aude Gooly, pas plus que celui du récit, n’est pas vraiment Réville. De même les personnages principaux, Louis, Zoé, Clara, Monsieur Lefêvre… ne sont pas représentés à l’identique de ce qu’ils sont ou ont été dans la vie. Pourtant, il y a dans ces images une vérité qui est plus près de mes souvenirs, de la manière dont je vois ce village et dont je songe à mes enfants, devenus adultes, quand ils avaient cet âge. Avec simplicité et tendresse, Aude Gooly a patiemment illustré, au travers d’une cinquantaine d’aquarelles, chaque moment du récit ; au point qu’il qu’il ressort de l’ensemble une impression presque cinématographique dont j’aimerais qu’elle soit retranscrite telle quelle dans le livre.

Et voilà. Le récit est achevé, les illustrations, merci à Aude, fabuleusement réalisées. Il n’y a plus qu'à, comme dit l’expression, sortir le livre. On s’y emploie. Sera-ce le premier ouvrage que, comme éditeur, publiera Equipaje ? Ou bien sera-ce le second ? On ne sait pas encore. On y travaille. Probablement reviendrai-je vers vous pour vous solliciter sur ce projet. En attendant, je vous glisse une image qui vous donnera le ton. 

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Rêves et projets

Venise la lagune

Cela fait longtemps que je ne vous ai pas parlé d’Equipaje. Comme la princesse du conte, l’entreprise, le temps d’une expatriation, s’était mise en sommeil. Pas étonnant dans ce contexte qu’au moment de s’éveiller, ce soit d’abord de rêves qu’elle ait envie de parler.

« Rêves et projets », c’est la nouvelle punchline, de l’aventure qui, laissant derrière elle le conseil en Ressources Humaines, se concentre désormais sur les aventures individuelles, qu’elles soient proches ou lointaines, exceptionnelles ou ordinaires, accomplies ou à l’état de projet, professionnelles ou non professionnelles.

« Rêves et projets » n’a pas vocation à s’inscrire dans une démarche classique. Depuis plusieurs années, ce n’est plus le chemin que j’ai choisi. On ne s’étonnera pas que j’y propose pêle-mêle une offre de coaching à destination des jeunes adultes et des professionnels ayant des rêves d’autres choses qu’ils aimeraient transformer en projets concrets, des services de conseil éditorial pour la réalisation de contenus rédactionnels, de projets d’écriture ou la prise en main de publications, une activité d’édition, enfin, pour donner vie et promouvoir des œuvres,  atypiques ou non, qui parlent de lieux ou d’aventures lointaines ou qui portent sur des sujets familiers le regard d’hommes et de femmes ayant voyagé.

Sur ces rêves et projets variés je vous donne rendez-vous dans ces pages. N’hésitez pas à les commenter et à les faire suivre à vos amis. Les rêves sont un puissant levier pour enrichir et transformer le quotidien. Ils ne sont jamais aussi beaux que quand ils sont partagés.

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Mémoire d’un œuf – Une histoire de 40 ans d’expatriation

Patrick Huchet, mémoires d'un oeuf

A quoi songeait Patrick Huchet quand, commençant à peine de profiter de la retraite, après une vie professionnelle presque entièrement accomplie à l’étranger, comme banquier puis comme antiquaire spécialisé dans le mobilier colonial, à la tête de « Planters’house », il s’est attaqué au défi de raconter sa vie ? L’intéressé y répond par une pichenette qui figure en exergue de son livre: « Cet essai a pour modeste but de laisser une trace à ma chère descendance, aux  proches et pourquoi pas aux quelques esprits curieux que compte encore notre vieux pays.…».

Les esprits curieux ne manqueront pas de trouver dans « mémoire d’un œuf » matière à réflexion et divertissement. Patrick Huchet s’y raconte, en homme gourmand de la vie, chanteur et pianiste, la dent gentiment dure à l’égard de certains qui, croisés à des moments divers de sa vie de banquier, lui ont paru plus grotesques qu’impressionnants, s’attachant manifestement d’abord à paraître et ne brillant pas toujours par leur compétence. Il y est tendre avec ses proches et ravi de la deuxième vie professionnelle qu’il a menée, après la Banque, en duo avec sa femme, Annig. Le livre, à lire d’une traite, est un merveilleux témoignage sur l’expatriation, écrit à la première personne. Une histoire simple qui ne prétend pas faire entrer son auteur au Panthéon, si ce n’est celui des hommes curieux, puisque le livre leur est destiné, qui ont décidé de quitter les sentiers trop convenus et les paysages familiers, pour remplir leur vie, avec gourmandise, des découvertes et rencontres qu’on fait en voyageant.

Dans quelles circonstances vous êtes-vous lancé dans ce projet d’écrire votre biographie ?

Patrick Huchet - J’ai profité d’un long séjour au Laos, à Luang Prabang, pour démarrer. Je n’avais pas pensé le projet en avance, mais je l’avais en tête. J’ai pris mon stylo bille et mon cahier et je me suis mis à écrire en m’imposant la discipline, quoi qu’il advienne, de rester assis devant mon cahier de 9h à 12h.

C’était un sacré défi que de se mettre ainsi à écrire. Comment les choses se sont-elles passées ?

- Je craignais évidemment le syndrôme de la page blanche. Mais finalement, je n’y ai jamais été confronté. Comme mon récit se fait de manière chronologique, il m’a suffi de laisser courir ma plume depuis le moment de mon départ pour une première expatriation à Hong Kong, il y a 37 ans, jusqu’à aujourd’hui. Les idées se sont enchainées. A posteriori, je me suis aperçu, en reprenant mon cahier, qu’il comportait très peu de rature.

Revenons au début. Dans quelles circonstances êtes-vous parti à l’étranger ?

- Après des études de Droit, je suis rentré à la BNP à Rennes. Le choix de la Banque, au départ, s’est fait de manière naturelle. J’avais obtenu une maitrise de Droit. Je n’étais pas matheux et n’avais pas envie d’enseigner. Après cette première expérience en province, la suite logique aurait été de monter à Paris pour suivre la filière de l’inspection générale. Mais je n’étais tenté ni par Paris ni par l’Inspection générale. J’étais un peu frondeur. C’est mon côté breton Quand on m’a offert de partir à Hong Kong, j’ai donc tout de suite saisi l’opportunité. Ensuite, les postes se sont enchainés. Je suis resté à la BNP de 1973 à 1988. J’ai ensuite rejoint la Banque Worms, fait un rapide passage par le CIC et terminé ma carrière de banquier à la banque suisse Ferrier Lullin  (absorbée en 2006 par Julius Bär).

Dans le livre, vous n’épargnez pas certains des responsables que vous avez cotoyés lorsque vous travailliez dans la banque.

- C’est vrai. Dans le livre il y a certains personnages que j’écorche un peu. C’est pour ça que j’ai pris le parti de ne les désigner que par leurs initiales. C’est le cas de DD, à la banque Worms, qui  était un gentil mythomane narcissique. A part cela, je suis d’un naturel plutôt bienveillant.

Et puis, vous décidez de changer de cap…

- Je n’étais pas un financier à proprement parler. J’étais plutôt un commercial et un animateur d’équipe. Dans la banque, j’ai toujours eu du mal à supporter la pesanteur de la hiérarchie. Au fond, j’ai mis 22 ans à sortir de la Banque. Ma deuxième vie professionnelle a été autrement plus passionnante. Après la banque, j’hésitais sur la direction à prendre. C’est Annig qui m’a suggéré de lancer ma propre activité dans le domaine des antiquités. C’est ainsi que j’ai lancé Planters’house,  spécialisé dans le mobilier colonial. A vrai dire, je n’y aurais pas pensé tout seul. Mais Annig avait déjà lancé son activité, qui marchait bien depuis plusieurs années. Nous avions les mêmes fournisseurs en Chine, Thailande et Birmanie.

Après la Banque, n’était-ce pas difficile de se confronter aux aléas de la petite entreprise ?

- De 1996 à 2007, l’affaire s’est bien développée. Le contexte a changé en 2008. En 2004, déjà, il y avait eu l’épisode du  SRAS. A cette époque, il était devenu Impossible d’importer  quoi que ce soit pendant 6 mois à Singapour. Il a fallu vivre sur notre stock. A partir de 2008, les packages d’expatriation ont beaucoup évolué. Finis les contrats confortables et les grandes  maisons qu’il fallait meubler. Les nouveaux expatriés sont désormais plus jeunes. Ils viennent moins longtemps, vivent dans de plus petites surfaces et se meublent « efficace », notamment depuis l’arrivée d’IKEA. Il a fallu être créatif. C’est à cette période qu’Annig a eu l’idée d’organiser des soirées d’enchères qui ont eu beaucoup de succès.

Quelle différence entre ces deux périodes de votre vie ?

- La grande différence entre la Banque et Planters’house c’est que, dans la Banque, il faut travailler très longtemps pour faire de nouveaux clients. J’étais tenace, tant mieux. Mais à la longue, c’est une situation frustrante. Le bonheur, quand on tient un magasin, c’est l’immédiateté.

Et puis est venue l’heure de la retraite. Mais vous avez décidé de rester à Singapour

- Nous avons pris la décision d’arrêter en 2014. Mais nous n’étions pas prêts à tirer un trait sur Singapour. Nous avons eu la chance de pouvoir organiser une existence à cheval sur les deux continents. On quitte Singapour début Mai et on y revient mi-octobre. C’est une organisation magnifique mais qui présente aussi des inconvénients. Quand on me demande où j’habite, j’ai du mal à répondre. J’ai le cul entre deux chaises. Entre le Var et Singapour, nous avons deux  groupes d’amis qui sont complètement différents. Dans le Var, nous sommes  dans la nature. A  Singapour nous menons une existence urbaine.

Quel regard portez-vous rétrospectivement sur ces 40 années d’expatriation ?

- Un regard évidemment très positif. Après toutes ces années, un seul petit regret: ne pas compter plus d'amis locaux dans nos relations, ce qui ne nous empêche cependant pas d'avoir des liens très proches avec certains d'entre eux.

Le premier tirage de « Mémoire d’un œuf », dans sa version papier, étant épuisé, le livre est désormais essentiellement disponible en version numérique sur KOBO à l’adresse suivante : https://www.kobo.com/fr/fr/ebook/memoires-d-un-oeuf
 

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DANS LES KIOSQUES – SINGAPOUR n°12 : Smart Mobility

Au sommaire du dernier numéro du magazine Singapour : un dossier consacré à la mobilité. Comment Singapour a t-elle réussi, dans ce domaine, à digérer sa croissance économique et l’augmentation de ses habitants ? La réponse avec François Vienne, urbaniste. Plongée dans l’univers de la « smart mobility » à la mode singapourienne, où l’innovation est foisonnante - voitures autonomes, drones, exploitation tous azimuth des big data,.. – et les entreprises françaises nombreuses.
 

DOSSIER – SMART MOBILITY


Lee Kuan Yew n’aimait pas l’idée d’accorder trop de place à la voiture. Dans un entretien accordé en 2010 à Tom Plate, le père fondateur de la Singapour moderne, souvent visionnaire, expliquait les réticences qu’il avait eues lorsqu’il s’était agi de donner ou non à la voiture particulière la place qu’elle réclamait, pressentant que ses exigences n’iraient qu’en grandissant pour finalement occuper toute la place...

PHOTO REPORTAGE :

  • TRANSIT 
Le photographe singapourien Edwin Koo nous emmène dans le métro de Singapour. Un cadre immuable : les portes d’une rame de métro, vues du quai. Dans le cadre : une multitude de scènes du quotidien qui forme un portrait collectif chargé d’histoires individuelles.
     

SINGAPOUR AUTREMENT

  • Gotham City, Vicky Wang au sommet du Parkview square - Pousser ses portes battantes du rez de chaussée vous plonge dans une ambiance art déco époustouflante.
  • Les bons plans bio de Raphaëlle – Depuis longtemps, Raphaëlle Voog avait envie de changer de vie ; de quitter l’univers du luxe pour se consacrer à la cuisine, une passion qui l’anime depuis l’enfance. C’est chose faite depuis qu’elle est venue vivre à Singapour.
     

ECHAPPEES BELLES

  • Découvrir le Yunnan avec Asian Roads (publi-reportage) - Le Yunnan (littéralement « Sud des nuages » est probablement parmi les 22 provinces de la Chine continentale, celle qui est la plus représentative de la diversité ethnique et géographique du pays.
     

L'ASIE VUE DE FRANCE

  • Jour de rentrée à Sciences Po, campus du Havre – En ce lundi 30 août 2018, jour de rentrée solennelle sur le campus Europe-Asie de Sciences Po au Havre, le soleil chauffe généreusement, dans une explosion d’habits chamarrés, de drapeaux, de petits groupes qui se font et se défont, une flamboyante jeunesse venant de toutes les régions d’Asie, d’Océanie, de France er d’ailleurs.
  • Un été avec Ai Weiwei, à Marseille -  Qui est Ai Weiwei ? De l’artiste chinois, on sait à la fois beaucoup et très peu. Ultra médiatisé, Ai Weiwei est connu pour avoir été l’inspirateur du « nid d’oiseau », ..., et pour son engagement militant.

CULTURE


  • Nouvelle : "here comes the sun", suivie d'un entretien avec son auteur, Yeo Wei Wei (en partenariat avec Jentayu).
Un artiste, une œuvre – le regard d’Aude Gooly sur le Cambodge
 


VIVRE A SINGAPOUR

  • Couleurs d’Asie – Blanc &noir
L'agenda des sorties
Un chef une recette : Christophe Grilo, patissier et boulanger des meilleures tables de Singapour.


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Expatriation: du rêve à la réalité

Expatriation rêvee

Expatriation rêvée - expatriation vécue : pour l’expatrié et a fortiori pour son conjoint, le lien est parfois ténu entre les cotés glamour d’une « vie d’expat » idéalisée et la réalité concrète de la vie sur place au quotidien. Il n’est pas étonnant, dans ce contexte, que les sentiments soient mitigés au moment de partir. L’expatriation fascine et en même temps elle inquiète. « Larguer les amarres », ce n’est pas seulement partir pour un beau voyage. C’est aussi quitter son port d’attache et accepter de se confronter à des expériences inconnues.
Mais il faut dire également que l’expatriation a changé. Adieu les « expatriés de métier », la mobilité internationale s’inscrit désormais dans un parcours professionnel dont elle constitue une étape plus ou moins obligée. Longtemps l’apanage des hommes, elle concerne de plus en plus de femmes. Surtout, quand il s’agit de partir en famille, elle implique des couples dont les deux membres travaillent et ont chacun leurs propres aspirations professionnelles.

Conjoint qui rit, conjoint qui pleure

Pour les deux conjoints, les perspectives diffèrent. Pour celui ou celle qui travaille, l’expatriation comporte certes des risques, elle exigera sans doute un important investissement et des efforts d’adaptation. A la clé, il y a cependant la certitude d’une expérience valorisante et l’intuition que cela pourrait « booster » sa carrière. La situation du conjoint est d’emblée différente. Dans la majorité des cas, le départ à l’étranger commence par une rupture : quitter son emploi. Il est possible que ce « break » soit bienvenu. Il se peut également que le métier du conjoint, ses compétences ou ses centres d’intérêt, lui permettent de reprendre rapidement une activité sur place. Mais tous les conjoints expatriés n’ont pas cette chance. Pour ceux-là, quitter son emploi c’est non seulement arrêter son activité professionnelle, c’est aussi renoncer à une source de revenu et d’autonomie financière, à un cadre (le bureau, l’agenda, les services supports…), à un statut social et à un cercle de relations. L’écho de ces bouleversements en cascade ne manque pas d’être perceptible dans le couple même, où l’équilibre qui s’était institué entre deux « actifs » s’établit, à l’étranger, sur d’autres bases: nouvelle répartition des rôles, rythmes et centres d’intérêt différents, perception de soi et de l’autre modifiés.

Incompris et anxieux

C’est l’une des grandes difficultés que rencontrent les conjoints d’expatriés : ils ont du mal à être entendus lorsqu’ils expriment leur insatisfaction. C’est encore plus vrai lorsque le cadre de vie est agréable et que le pays regorge de « sujets d’intérêt ». Le conjoint d’expatrié est parfois le premier à s’étonner de ne pas s’épanouir dans un contexte objectivement si favorable. Il a le sentiment de ne rien « capter » du pays, de ne rien avoir à « raconter ». Les conjoints d’expatriés, en phase d’adaptation à leur environnement se trouvent dans une situation particulière : sans activité professionnelle, ils ne bénéficient pas de cet accès privilégié à la culture du pays; parfois isolés, ils n’ont d’autres possibilités que de s’intégrer dans une communauté (de conjoints) d’expatriés.

En quête de sens

Ce qui fait défaut à ce stade c’est le « sens ». Qu’est-ce que cette expatriation vient faire dans ma vie ? Qu’est-ce que j’en attends ? On est parfois long à reconnaître les aspects les plus positifs de ses conditions d’expatriation. A contrario, il suffit qu’un projet naisse pour que notre perception se modifie tout à coup. De ce point de vue, le besoin essentiel des conjoints expatriés est souvent moins de retrouver un emploi que de se donner les moyens de construire une image sociale avec laquelle ils se sentent bien. Le fait de se fixer des objectifs clairs, quels qu’ils soient (se former, s’impliquer dans une association, faire du sport, créer …), à condition qu’ils soient accessibles, peut être suffisant pour satisfaire à l’exigence d’ « exister » au-delà de son statut de « conjoint d’expatrié ». Démarrer une activité d’indépendant, réaliser des missions, quand bien même celles-ci seraient elles intermittentes, sont certainement de nature à transformer sa perception de l’expatriation.

Le n°11 de SINGAPOUR - Art & the City est dans les kiosques

Et si l’art était ce qui fait battre le cœur d’une ville, palpitant généreux qui irrigue tous les pans de la vie quotidienne, apportant à ses habitants une forme de réalité augmentée que ce soit dans les musées, les salles de spectacles, au bureau ou dans la rue ? Art & the city, c’est le thème du dossier de ce numéro 11 du magazine Singapour. L’occasion de célébrer les accomplissements de la cité-Etat dans le domaine des Arts et de la culture, avec notamment la floraison d’une kyrielle de lieux de culture: la Singapore National Gallery, le Victoria Theatre, Old Parliament House, le Musée des Civilisations Asiatiques ou l’Esplanade... L’opportunité aussi de mesurer le chemin qui reste à parcourir, particulièrement en ce qui concerne l’engagement des artistes, des mécènes et du grand public, pour que la cité-Etat, qui dès 2000 se rêvait en cité de la Renaissance, s’impose en effet, dans la région et au delà, comme l’une des grandes métropoles culturelles de ce siècle.

Egalement au sommaire de ce magazine, une plongée toute en images dans l’univers de l’opéra chinois, l’ascension de l’Everest avec la singapourienne Yusrina Yaacob et le portrait étonnant de Dominique KOO, homme d’affaires passionné de grandes complications, qui a développé un fonds d’investissement spécialisé dans les montres d’exception. A découvrir encore, dans la rubrique culture, en partenariat avec Jentayu, la nouvelle d’Alfian Saat, l’auteur en résidence de la compagnie Wild Rice, et puis l’agenda, le portrait et la recette du chef du restaurant Odette, des nouvelles de l’Asie vue de France, des clés pour mesure votre ADN culturel et du vert pour vos inspirations déco.

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SINGAPOUR N°10- L'Europe à Singapour

Au sommaire du dernier numéro du magazine Singapour : un dossier « L'Europe à Singapour » consacré à cette Europe multiple, protéiforme qui s’incarne dans celles et ceux qui représentent ici l’exceptionnelle richesse et diversité culturelle du vieux continent et coopèrent localement dans le commerce et l’industrie, la sécurité, la santé, le climat et l’environnement, l’urbanisme, la recherche-développement, le sport, l’éducation, la culture, …

DOSSIER - L'Europe à Singapour On ne saurait parler d’Europe sans évoquer ce qu’on appelle la « construction européenne ». Ce dossier vient célébrer à sa manière un triple anniversaire - celui du Traité de Rome en 1957, celui de l’Asean en 1967, celui des relations entre l’Europe et l’Asean 10 ans plus tard. L’une des perspectives privilégiées ici est de sonder l’image qu’on se fait de l’Union Européenne à Singapour et, plus largement, dans le contexte de l’ASEAN. L’autre est de partir à la rencontre des Européens qui vivent à Singapour. L’Europe est-elle soluble à Singapour ? La question peut paraître incongrue tant les institutions – représentation de l’UE, Eurocham, ASEF, …- se multiplient, déployant leurs efforts pour tisser des liens entre les pays européens, Singapour et l’Asean. Elle l’est peut-être moins quand il s’agit de vérifier si l’idée européenne constitue ou non, pour les Européens vivant à Singapour et pour les filiales locales d’entreprises européennes, le ferment d’une communauté et le vecteur d’échanges, de collaborations et de synergies. Singapour, cité Laboratoire, s’offre une fois encore comme un terrain d’étude pour déterminer si l’Union européenne brille ou non par son modèle, si les initiatives des pays membres s’inscrivent localement dans une forme de coopération ou dans une pure compétition, et si les européens expatriés à Singapour ont tendance à vivre ensemble ou bien à s’ignorer. Vivre à Singapour - Ces Rues qui ont un nom français Les rues de Singapour sont à l’image des habitants de cette ville : cosmopolites, culturellement différents et cohabitant en harmonie. Même si les français n’ont pas été comme nos voisins anglais associés à la construction de la cité du Lion, des personnages illustres ont néanmoins laissé leurs traces dans l’histoire de Singapour où certains ont imprimé à jamais leur nom. Visite des rues françaises jalonnant Singapour.

Où trouver le magazine SINGAPOUR ?

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NAVI RADJOU L’innovation frugale au service de la cité intelligente

Intelligente, frugale, astucieuse… l’innovation, dans tous ses états, était au cœur des débats lors de la conférence « Wise innovation » organisée à Singapour le vendredi 7 octobre, à l’initiative de la Chambre de Commerce (FCCS) et avec le support de Bolloré Blue solution. Au programme, une présentation de Navi Radjou, auteur de « Frugal Innovation- How to do better with less ».  Cerises sur le gâteau : 3 tables rondes consacrées respectivement aux stratégies d’innovation, à la mobilité intelligente (smart mobility), et à la globalisation intelligente (smart globalisation), ou à quelles conditions les « smart solutions » développées à Singapour peuvent être exportées ensuite vers d’autres pays-régions.

Navi Radjou s’est acquis une réputation internationale, comme consultant et conférencier, dans le domaine de l’innovation frugale, auquel il a consacré plusieurs livres parmi lesquels « Jugaad innovation » ou « Innovation frugale – Comment faire plus avec moins ». Intervenant à Singapour le 7 octobre 2016 dans le contexte de la conférence « Wise innovation- a journey  toward smart society » organisée par la Chambre de commerce française (FCCS) – sa présentation avait valeur de stimulant à la réflexion et aux échanges entre des participants venus de multiples secteurs de l’économie pour débattre de l’innovation au service de l’émergence d’une cité intelligente, efficiente et agréable à vivre.

Qu’est-ce que l’innovation frugale ? C’est, en substance, l’art de faire plus avec moins. Navi Radjou fait le constat que l’innovation mobilise souvent des dépenses extrêmement lourdes dont le retour sur investissement n’est pas toujours à la hauteur des attentes. En 2015 les dépenses de R&D cumulées aux Etats-Unis, en Europe et Asie ont représenté un investissement global de 6880 Milliards de dollars US. Mais, indique le champion de l’innovation frugale, ces dépenses sont souvent consacrées « à réinventer la roue » et ne débouchent pas, d’un point de vue systémique, sur des améliorations proportionnelles aux ressources mises en oeuvre. Ainsi, à titre d’exemple, les investissements dans la recherche médicale et pharmaceutiques aux Etats-Unis ne se traduisent-ils pas, dans les chiffres, par la baisse d’un indicateur aussi fondamental que celui de la mortalité infantile. Tout se passe, souligne Navi Radjou, comme si les dépenses de R&D fonctionnaient comme un vaste panier percé. La question propose-t-il est la suivante: pouvons-nous trouver des solutions pour réduire ces fuites ? Et s’il était possible, suivant l’inspiration d’un Lavoisier pour qui « rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme », de considérer l’économie de manière circulaire et de faire plus avec moins, c’est à dire de concevoir des produits et services qui créent plus de valeur tout en consommant moins de ressources.

Né à Pondicherry, Navi Radjou a fait des études à l’Ecole Centrale de Paris et à Yale et vit depuis 1998 aux Etats Unis. L’avantage, indique-t-il, d’avoir grandi dans un pays émergent est qu’il y a été sensibilisé et entrainé dès le plus jeune âge à la pénurie ou la rareté des ressources, certaines aussi vitales que l’eau, et, par conséquent, à trouver des manières intelligentes de faire plus avec moins. Confronté aux insuffisances des efforts de Recherche & Developpement, Navi Radjou ,évoquant son parcours personnel, indique que, à ce stade, il a ressenti le besoin de se reconnecter avec ses racines ; celles d’un environnement dans lequel tout manquait, à l’opposé de celui dans lequel il vit aujourd’hui (à Palo Alto). Les pays émergents, à commencer par l’Afrique, constituent selon lui des territoires privilégiés pour la mise en œuvre d’innovations frugales, dont les résultats peuvent aussi, ensuite, être exportés vers les pays développés.

Faire plus avec moins. La formule met en équation la production de valeur (économie, social, environnement) et les ressources (capital, énergie, temps) mises en œuvre pour l’obtenir. Comme le suggère Navi Radjou, cette formule est intéressante mais pas révolutionnaire quand numérateur et dénominateur sont affectés d’un facteur 1. La démonstration prend une dimension totalement différente quand on imagine des facteurs 10, 100 ou 1000 ( Super disruptive innovation : produire 1000 fois plus de valeur en utilisant 1000 fois moins de ressources). Et Navi Radjou de citer des exemples illustrant la faisabilité de ce type d’innovation, tel qu’un dispositif conçu pour l’Afrique, (cf Photo ci-contre) permettant de remplir les mêmes fonctions qu’un incubateur pour les nouveaux nés prématurés, pour un coût de 20 US$ soit 1% du coût d’un incubateur (2000 US$).

Proposé aux participants à la conférence le concept de Wise innovation, selon Navi Radjou se distingue de sa consoeur, seulement smart, par le fait qu’il s’agit de « comprendre ce que l’on fait ». Un engagement qui invite à reconsidérer la pertinence d’un indicateur tel que le Produit National Brut qui ne prend pas en compte des aspects qualitatifs tels que le développement humain ou les aspects sociaux économiques, et à envisager l’innovation dans le cadre des smart cities, en mettant l’accent non plus simplement sur le confort matériel mais aussi sur la réalisation de son potentiel et des talents et le transfert aux générations futures. Une perspective qui propose de rompre avec la vision de consommateurs passifs pour lui substituer celle de « prosumers », consommateurs actifs, partie-prenantes, par exemple dans le cadre des Makers fairs qui se multiplient, des processus de conception et de réalisation des produits et services.

Proposée dans l’écrin vert de la « cité dans un jardin », l’intervention ne pouvait se terminer sur autre chose que l’invite iconoclaste d’une « learning expedition » au jardin botanique : la Nature comme source d’inspiration. « Dans la Nature, souligne Navi Radjou, tout est partagé. Il y a une sorte de symbiose industrielle. Chaque arbre, par exemple, produit 20 services qui bénéficient à son environnement ».

Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) mercredi 12 octobre 2016
 
Le sujet des smart cities est l’un des centres d’intérêt privilégiés de la FCCS qui compte un comité dédié à ce sujet pour favoriser les échanges d’information, d’idées et d’intérêts dans ce domaine. En 2015, à l’initiative de la FCCS, un portfolio a été réalisé mettant en scène 150 French smart city solutions pour Singapour.
 

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EDUCATION - Le grand dessein de la Strate School of Design à Singapour

Championne de la French Touch dans le domaine du design, Strate School of Design, l’une des meilleures écoles au monde, s’installe à Singapour en y implantant un campus en partenariat avec SIM Global Education. L’occasion de revenir avec Jacques Malz, Directeur de l’Ecole à Singapour, sur les raisons du succès du design comme parcours de formation et comme outil de transformation de la société, ainsi que sur les enjeux particuliers qui lui sont attachés à Singapour dans le cadre du concept de Smart city. 
 
Qu’est-ce que le concept de design recouvre concrètement ?

Jacques Malz - Le design pâtit souvent d’un problème de représentation sémantique dans la mesure où il est spontanément associé au design intérieur ou à l’idée de beauté de l’objet. Le design va au-delà de cela. Il est un état d’esprit et une méthode de résolution de problèmes. Tous les problèmes, qu’ils soient grands ou petits, de nature privée ou publique, professionnels ou personnels.  Le design est une méthodologie iconoclaste et une pratique. Il procède en commençant par questionner et déconstruire la réalité pour donner libre cours à la créativité, avec comme objectif ultime, la recherche de solutions concrètes. Les designers sont des personnes ayant une forte ouverture sur le monde qui veulent apporter une contribution, en donnant des clés de lecture simples pour lire et vivre des réalités de plus en plus complexes.

En quoi le design est-il au cœur des transformations de la société?

- Le monde change. Le design est une des clés, sinon la clé pour anticiper une vie meilleure au service des citoyens. Je cite ici le Premier ministre Lee Hsien Loong lors du lancement du programme Smart Nation : ‘Construire une Nation, non pas sur le nombre de citoyens, mais par une culture et un état d’esprit basés sur l’expérience. (..) par une approche disruptive (..) en poussant en permanence les limites du possible’. Difficile de trouver une meilleure illustration du rôle-pivot du Design dans la transformation des sociétés.

A titre d’exemples, dans le secteur des transports ou dans celui de l’énergie, pour ne citer que ces deux domaines, nous sommes en train de vivre une formidable dynamique de changement qui aura un impact déterminant dans notre vie de citadin. Le métier des constructeurs automobiles se transforme. De fabricants de véhicules, ils doivent évoluer vers le statut de concepteurs de mobilité, notamment en prenant en compte tout ce qui touche à l’intermodalité. Sur le plan énergétique, Il y a un mouvement de fond des producteurs et fournisseurs d’énergies traditionnelles vers les énergies renouvelables et des systèmes de distribution énergétique intelligents. .
Ces entreprises ont bien compris que la réussite de leur stratégie de transformation passe par l’intégration du Design, de la conception à la réalisation.
Strate School of Design a annoncé qu’elle allait s’installer à Singapour.  Quelle forme va prendre cette installation ?
- Le projet d’installation de Strate à Singapour est à la fois la première extension internationale de l'école et le premier exemple de croissance organique au sein du groupe Galileo Global Education, qui opère en France sous le nom de Studialis. Concrètement, il s’agit d’ouvrir un campus à Singapour dans les locaux du Singapore Institute of Management (UniSIM).  Le projet comprend deux axes : un axe de formation initiale avec l’organisation d’un programme de Master en Design au sein de SIM Global Education (démarrage fin 2017), et un axe de formation permanente (Executive Education) dans le domaine du design thinking et de l’innovation.

La French Touch est-elle une référence dans le domaine du design ?

- Strate revendique la French Touch dans le domaine du design. Il y a une singularité française dans ce domaine qui est liée au mix de l’excellence de l’ingénierie, de la culture et de l’esthétique à la française, à la confrontation d’idées, et à la France comme pays des droits de l’homme.

Pourquoi Singapour ?

- Parce que, en plus d’être un living lab, il y a une volonté politique et les ressources économiques associées. En clair, il s'agit une expérience grandeur nature des projets de l’homme dans la ville. Et dans des conditions d’efficacité que, nous, résidents à Singapour, connaissons bien.
Le design constitue par ailleurs la pierre angulaire du projet gouvernemental de smart nation. Cette dynamique est activement soutenue par le gouvernement qui, en partenariat notamment avec des entreprises françaises, développe des solutions permettant d’exploiter les Big Data et des systèmes de données complexes. L’un des exemples récents est le partenariat avec Dassault Systèmes, qui a entièrement modélisé en 3D un quartier de Singapour, créant ainsi un formidable outil d’aide à la décision dans les domaines de la planification urbaine, du développement des infrastructures ou la conception de systèmes de transports multimodaux. Avec cet outil, Il est désormais possible de simuler en 3D l’impact, à l’échelle par exemple d’un immeuble, de solutions de type solaire ou  végétalisation, en croisant les variables avec des données sociologiques, topographiques ou météorologiques. Mais la vision de la Cité, et les processus de décisions passent par le projet collaboratif avec les designers. De A à Z.
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Singapour a la réputation de se donner rapidement les moyens de ses ambitions. Comment procède-t-elle dans le domaine du design, particulièrement sur le plan éducatif ?

- A l’origine, il y a eu, au début des années 2000, une réflexion stratégique du gouvernement avec pour objectif de mettre l’innovation et le Design au cœur du développement de la Nation.  De fait, il y a eu la création du National Design Centre, celle de programmes dédiés dans les établissements d’enseignement supérieur et même la création d’une université spécialisée orientée vers le design industriel, la SUTD - Singapore University of Technology and Design-, fondée en partenariat avec le prestigieux MIT. Dans l’ensemble, les formations proposées sont essentiellement de niveau BTS (dans les Polytechnics) ou Bachelor.

Le 31 août dernier, Strate a signé un partenariat avec Social Innovation Park (SIP) dans le domaine de l’innovation sociale. De quoi s’agit-il ?

- Il s’agit d’être au cœur de l’innovation sociale par la méthodologie du design. C’est un partenariat très dynamique qui se traduit effectivement par des actions et des projets. SIP aide Strate à constituer des « Focus groups » dans le cadre de projets pour nos entreprises partenaires. Parallèlement, Strate forme les cadres et les partenaires de SIP à sa méthodologie du Design Thinking. A titre d’exemple il y aura prochainement une expérience permettant aux voyants de faire, en grandeur réelle, l’expérience des non-voyants dans un parcours mixte piéton-transports en commun. Y participera le Ministre du Transport et de l’Education.

Vous venez de rejoindre Strate comme directeur du campus de Singapour. Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette aventure ?

- A titre personnel je suis extrêmement attaché à ce projet d’implantation de Strate à Singapour, car j’ai toujours eu la conviction que le projet de société harmonieuse passe par le projet éducatif. A cet égard, le design constitue une forme de synthèse heureuse entre mon expérience professionnelle acquise pendant 20 ans dans le monde industriel et mon aspiration à participer à un projet de société. Le design fait appel aux sciences humaines, au management et à la technique. Il permet de projeter un avenir meilleur sur tous les compartiments de la vie. Cette nouvelle responsabilité me transcende. Elle est la synthèse de mon éducation, de ma culture et de mon expérience. Je peux l’utiliser dans tous ses aspects, sans restriction ni censure.
Propos recueillis par Bertrand Fouquoire (www.lepetitjournal.com/singapour) mardi 15 novembre 2016
 
Encadré : Strate School of Design - « Rendre le monde plus simple, plus juste, plus beau. »

Créée en 1993, Strate était au départ une école de design industriel. Elle a rapidement évolué pour prendre en compte le design comme une méthode  stratégique de l’innovation et de la transformation.
L’école compte plusieurs programmes de formations : un master en 5 ans de Designer, plusieurs masters, dont deux enseignés en anglais, ou un Bachelor modelage 3D, une compétence très demandée, particulièrement dans le secteur de l’automobile et du luxe.
Strate possède à ce jour 38 programmes d’échanges internationaux avec les meilleurs Universités ou écoles de Design. Strate possède également une offre de Masters en Recherche ou de Spécialisation, avec des partenaires comme Arts et Métiers ParisTech, Telecom ParisTech, l’Institut d’Optique (ex SupOptique) ou Paris Diderot.
L’école fait partie du top 60 mondial des écoles de design dans le classement de Business Week. Elle est l’une des 5 meilleures du monde dans le segment particulier des transports et de la mobilité.
Elle fait partie du Groupe Galileo Global Education, spécialisé dans l’enseignement supérieur, dont la marque en France, Studialis, regroupe des écoles telles que la Paris School of Business (management), Penninghen (Arts Design graphiques) ou le Cours Florent (théâtre).

Quel parcours l’école offre-t-elle aux étudiants ?

Jacques Malz - Il s’agit d’un campus plus que d’une école. Elle dispose bien sûr d’un Computer Lab (graphisme, 3D, RA/RV,…) mais aussi d’un Fab Lab où les étudiants viennent travailler les différentes matières en utilisant imprimantes 3D, machines de découpe laser et ou outils à commande numérique (CNC). Le projet de l’école est de placer les étudiants en interaction permanente entre cours et pratique. Une très forte proportion des professeurs est constituée de professionnels reconnus. Dans le cadre de leur cursus, les étudiants multiplient les occasions d’être exposés aux contraintes et enjeux véritables des entreprises. C’est une formation au design en action. Pour illustration, Par exemple les étudiants sont appelés à réaliser en petits groupes des missions jusqu’à 5 mois, à partir de « briefs » d’entreprises ; le cahier des charges leur demandant de restituer à l’entreprise concernée 5 ou 6 solutions abouties.
Strate travaille aussi avec des incubateurs de start-up tels que Schoolab, en France, au travers du programme CPI (Centrale-Supelec, Strate et ESSEC), qui permet à des équipes mixtes de travailler pendant 6 mois sur des projets opérationnels et projectifs. A l’issue de nos formations, beaucoup d’étudiants se lancent en créant leur start-up.

Pourquoi se former au design aujourd’hui ?
- C’est une filière en pleine expansion, au sortir de laquelle les jeunes diplômés n’ont aucun souci d’insertion professionnelle. De plus en plus, les dirigeants ont compris que le design était est la clé de la réussite aussi bien sur le plan stratégique qu’opérationnel. La formation des designers est conçue comme la formation des leaders et dirigeants des entreprises et institutions de demain.

Qu’est-ce qu’on y apprend ?

- Au sein de l’école de design, les étudiants apprennent à imaginer un futur vivable et heureux en intégrant les dimensions de l’innovation et du changement. Il s’agit de les préparer à concevoir et appréhender les transformations qui se déroulent sous nos yeux. Dans le cadre de leur cursus Master en 5 ans, les étudiants doivent, à partir de la 3eme année, choisir un enseignement de spécialité (majeure) parmi les suivantes : Produit, Mobilité, Interaction, Espaces, Identité (Branding), Immersion (Réalité Virtuelle, Réalité augmentée. ).
Le cursus comprend, pour au moins 1/3 du syllabus, des enseignements dans des domaines tels que les sciences humaines, la sociologie, l’ethnologie, la sémiologie, le management et la culture générale. Un accent très fort est aussi mis sur la communication, car il n’y a pas de bon projet sans un bon pitch. Il s’agit d’associer la technique à une approche philosophique de l’univers. C’est la formation de l’honnête homme moderne, mais en moins naïf, parce que les étudiants sont en prise continue avec le monde industriel et qu’il s’agit de délivrer.
Mais concevoir et délivrer des solutions d’avenir, sans observer le monde actuel, a peu de sens. Par exemple, un groupe de 16 de nos étudiants, parrainé par un groupe de luxe français, est ainsi parti, sans brief ultra précis, pour un voyage de 3 mois en Inde au terme duquel il s’agit d’identifier des pistes d’innovation frugale.

Comment intègre-t-on l'école?

L’école forme des jeunes, pour l’essentiel recrutés après le bac. La nouvelle promotion 2016 accueille 120 étudiants. Bien sûr, les passerelles académiques (admissions parallèles) existent pour les titulaires de certains diplômes (Mastère 1, etc.). L’école est ouverte à tous les parcours. Les étudiants doivent démontrer une capacité à s’intéresser aux enjeux du monde. Dans les faits, ce qui compte avant tout,  c’est la personnalité de l’élève.

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