Portraits

Laure Viollet: d'Angers à Shanghai, puis Singapour.

Ex-VIE à Shanghai, Laure Viollet est arrivée il y a 3 mois à Singapour où elle démarre dans un nouvel emploi en Supply chain management. Jeune femme enthousiaste et passionnée par les contacts interculturels, elle nous parle dans cet entretien de son parcours, de son intégration à Shanghai et de sa recherche d'emploi à Singapour.

 

Comment s'est déroulé le parcours qui vous a conduit à l'international?

J'ai toujours été très intéressée par les langues étrangères. J'ai d'abord fait des études dans ce domaine à l’Université Catholique d’Angers. Cette spécialisation était comme une porte ouverte sur l'international que j'avais à coeur d'exploiter dans le cadre de ma formation. J'ai réalisé un double cursus: littéraire et commerce international. Celui-ci m'a donné l'opportunité de réaliser des stages au Mexique et à Hong Kong. Ces premières expériences m'ont aussi fait découvrir le domaine des achats logistiques. J'ai décidé de m'orienter dans cette voie, terminant mes études par un Mastère en Administration des Affaires.

Etes vous tout de suite partie à l'étranger?

Non. J'ai préféré commencer par travailler en France. J'avais fait mes stages à l'étranger, je voulais acquérir une première expérience en France qui me permettrait de chasser les stéréotypes sur la France et le travail en France que l'on a à l'étranger. Je voulais aussi ne pas avoir peur plus tard d'y retourner travailler. J'ai dans mon entourage des personnes qui n'ont pas fait ce choix et qui, de ce fait, sont anxieuses à l'idée de revenir en France. Ce n'est pas mon cas. J'ai beaucoup aimé cette première expérience de travail en France. J'adore aujourd'hui vivre à l'étranger mais je ne m'y vois pas nécessairement y passer toute ma vie.

Comment s'est passée cette première expérience en France?

Très loin justement des stéréotypes que je pouvais avoir en tête: les RTT,.... Chez Packard Bell où j'ai travaillé pendant 2 ans, j'ai énormément apprécié l'ambiance générale. Je trouve, par comparaison avec ce que je connais en Asie qu'on y est très attentif et respectueux de l'équilibre vie professionnelle et personnelle. J'ai aussi été très impressionnée par le niveau d'engagement des personnes et par leur efficacité.

Et au terme de ces 2 ans?

J'ai eu la possibilité de partir en VIE à Shanghai pour le compte d'une filiale de NEC. Une expérience là encore passionnante, même si le contexte n'a pas toujours été facile. La société qui m'employait a fermé ses bureaux localement en 2009 dans le cadre d'un recentrage stratégique de ses activités sur les serveurs. Ironie du sort, j'ai été à la fois la dernière recrutée et, parce que j'étais en charge de la logistique, la dernière partie.

Qu'est-ce qui vous attirait en Asie?

J'avais beaucoup apprécié mon séjour en stage de fin d'études à Hong Kong et je voulais pousser l'expérience de l'expatriation plus loin en découvrant la Chine. Mon objectif était de me transformer en caméléon capable de m'adapter à n'importe quel environnement, culturel comme professionnel. Je voulais aussi tester ma flexibilité face à des défis ou des situations déstabilisantes.

Comment s'est faite votre intégration à Shanghai?

Assez simplement. Paradoxalement, je pense que le choc culturel (c'est une chose que j'avais lue pendant mes études et j'en ai fait l'expérience à titre personnel) est moins important dans un pays aussi exotique que la Chine, qu'il peut l'être dans un pays européen. Lorsque l'on part en Belgique, en Grande Bretagne ou en Allemagne, ce sont les similitudes qui apparaissent d'abord, on se sent en terrain familier et l'on est régulièrement pris par surprise. A l'inverse, dans des pays tels que la Chine, on commence par considérer les différences avant de repérer progressivement toutes les similitudes. A Shanghai, j'ai eu la chance de travailler dans un environnement où mes collègues chinois étaient très ouverts aux cultures étrangères, cela a beaucoup facilité les contacts.

Quels ont été vos "trucs" pour faciliter cette intégration?

Je crois que l'important c'est d'avoir une attitude d'ouverture. Cette posture est souvent récompensée. Je l'ai constaté en voyant d'autres Français qui n'avaient peut-être pas expressément choisi de venir en Chine et qui n'étaient pas aussi ouverts à leur environnement quotidien. A l'évidence, cela se passait moins bien pour eux.

En ce qui me concerne, j'ai essayé de construire mes relations en exploitant les points communs. Mes terrains privilégiés: le shopping, la cuisine et le Karaoké.

Le shopping- les Françaises en Asie sont auréolés d'une image d'expertes du style et du bon goût. J'ai commencé par faire des compliments à mes collègues. Assez rapidement s'est instauré un petit jeu entre nous où chacune montrait ses dernières acquisitions. Nous avons prolongé en faisant des courses ensemble; pas nécessairement d'ailleurs là ou je serais allée naturellement. Cela nous a donné un terrain d'échanges où sont nées de vraies amitiés.

La cuisine- Manger est une passion que nous avons en partage avec les Chinois. J'en ai profité. J'ai organisé des cours de cuisine pour mes amies locales, avec pour objectif de leur faire découvrir la cuisine française et de leur donner les moyens de refaire ces plats chez elles. J'ai commencé par des plats au four, pour leur montrer ce que c'était (les cuisines chinoises sont rarement équipées de four), puis j'ai essayé d'adapter les recettes pour le micro-ondes. J'ai aussi remarqué que mes collègues, quand ils voyageaient en Chine, rapportaient souvent des petites spécialités locales qu'ils partageaient avec les autres. J'ai essayé de faire de même, surtout avec des choses sucrées.

Le Karaoké- On aime ou on n'aime pas le Karaoké. Il se trouve que j'aime chanter, et j'ai trouvé avec le chant un terrain d'échange privilégié avec les Chinois. Cela a même été très fort: j'avais une amie avec laquelle je me sentais en grande intimité et qui m'avait un jour un peu refroidie en me confiant qu'elle n'imaginait pas pouvoir nouer de relations d'amitié avec une occidentale, tant les référentiels culturels étaient différents. Un jour, dans la rue, nous nous sommes mises à fredonner la même chanson. Cette amie m'a dit ensuite qu'à cet instant elle avait senti une vraie proximité; cela m'a fait chaud au coeur.

Je crois que l'une des clés est vraiment de se mettre en situation de disponibilité: sortir de sa zone de confort et accepter de faire autre chose que ce que l'on aurait fait dans son pays d'origine ou de le faire différemment. Un jour je suis allé rejoindre une amie à Canton, J'ai laissé derrière moi le Guide du Routard et le plan de visites que j'aurais faites naturellement si j'avais été seule. J'ai fait sur place des choses très différentes et j'ai passé un excellent séjour.

Vous êtes arrivée à Singapour il y a 3 mois et avez déjà trouvé un emploi. Comment avez-vous fait?

En fait j'ai commencé, après mon VIE, par chercher un emploi à Hong Kong. J'en avais d'ailleurs trouvé un lorsque mon compagnon a eu une opportunité à Singapour et que nous avons décidé de nous y installer. J'avais donc déja affiné mes techniques de recherche d'emploi quand je suis arrivée à Singapour!

En arrivant à Singapour, j'ai commencé par adapter mon CV: en le présentant sur 2 pages, en insistant sur mes réalisations. A posteriori, je m'aperçois que j'aurai dû d'emblée être plus vigilante sur les termes. De Hong Kong à Singapour, certains intitulés sont trompeurs. Les gens n'ont, par exemple, pas du tout les mêmes interprétations des termes "purchasing" et "procurement". Je ne l'ai réalisé que plus tard, en échangeant avec des recruteurs et en épluchant les offres d'emploi sur des sites spécialisés tels que jobsdb.

J'ai écouté les conseils. En particulier celui de ne pas nécessairement chercher un emploi qui correspondait directement à mon niveau d'expérience, mais d'accepter un emploi dans une entreprise qui me permettrait ensuite d'évoluer. J'ai fait ce pari. C'est une concession à la réalité du marché, mais je pense qu'il ne peut être que gagnant. Par rapport à la France, les sociétés, dans la région, sont beaucoup moins réticentes à faire évoluer rapidement les personnes qui en ont les compétences. Si je m'apercevais, dans quelques mois, que ces possibilités d'évolution n'existent pas, j'aurai gagné une expérience et la possibilité de reprendre des contacts tout en étant en situation d'emploi.

Y-a-t'il des contacts ou des réseaux qui vous ont semblés particulièrement intéressants pour un chercheur d'emploi à Singapour?

Oui en l'occurrence Michael Page. Tous les recruteurs sont des étrangers et ils sont ouverts aux candidatures de personnes non résidents. C'est un contraste très fort avec les sociétés singapouriennes avec lesquelles les échanges ont souvent tourné court dès qu'elles mettaient le doigt sur le fait que je n'avais pas le statut de résident. Les agences spécialisées dans la logistique ont été également des relais intéressants.

J'ai beaucoup travaillé le réseau. Chaque fois que je rencontrais quelqu'un, je n'hésitais pas à parler de ma situation de recherche d'emploi. J'ai remarqué qu'il était très important chaque fois que possible de donner des exemples concrets. Lorsque l'on parle de logistique, par exemple, les gens se font vite une idée restrictive des choses. A Singapour, on m'a régulièrement orientée vers les transporteurs, ce qui, en réalité, n'est pas mon métier. Quand je disais que j'avais travaillé chez Packard Bell ou Nec et que je pourrais travailler par exemple chez DELL, cela ouvrait des pistes différentes.

Avez-vous utilisé les réseaux sociaux?

Oui j'ai beaucoup utilisé Linkedin et Viadeo comme un moyen d'avoir des informations et d'initier des contacts. Il faut être très attentif à la manière dont on présente sa demande. Au début j'ai été sans doute un peu trop directe. Ensuite j'ai appris à positionner ma demande sur le terrain de l'échange d'information: cela rassure les gens de savoir que ce que vous leur demandez n'est pas nécessairement un emploi mais davantage des informations, des conseils, des contacts. A partir de ce moment, la solidarité joue à plein.

Vous démarrez demain, comment appréhendez vous cette prise de poste?

Cela me fait évidemment un peu peur. Mais il s'agit d'une société australienne. J'ai eu un très bon contact avec les personnes que j'ai rencontrées. Je suis curieuse de découvrir ce nouveau contexte de travail.

Bon succès!

Merci.

 

Catégorie: 
Etiquettes: 

Joelle Brohier, de la communication commerciale au Marketing de la Terre

SINGAPOUR- A l’aube du XXIème siècle, plus de 1,4 milliard de personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté et on consomme plus vite les ressources de la Terre que celle-ci ne les renouvelle. Lutte contre la pauvreté, aide au développement et protection de l’environnement, stimulés par les ONG, mobilisent de manière croissante les Etats, les entreprises et le grand public. Mais beaucoup de travail reste à faire pour rendre accessible l’information, promouvoir le dialogue et rendre compte des initiatives de chacun. Joelle Brohier fait partie de ces acteurs engagés qui ont retroussé les manches pour faire avancer concrètement la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE). Depuis 2006, elle anime un portail dédié à la RSE et conseille les entreprises et institutions qui souhaitent professionnaliser leurs actions.

Consultante engagée et présidente de RSE et PED, Joelle Brohier met au service de grands projets RSE des compétences acquises dans le secteur marchand. Diplômée d’une école de commerce (ESC Rouen), c’est au sein de l’entreprise qu’elle fait d’abord ses classes. Au sortir des études, elle entre chez Unilever où, pendant 6 ans, elle travaille dans le Marketing et la communication, cotoyant déjà le champs très neuf de la RSE avec le lancement de marques “vertes socialement responsables”. En 1996, elle rejoint l’agence Havas Advertising, … qu’elle quitte 5 ans plus tard, appelée par le vent du large et l’opportunité d’accompagner son conjoint à Hong kong.

Hong Kong constitue un tournant. Joelle entreprend une recherche d’emploi sur place, rencontre plusieurs grandes agences qui lui font les yeux doux. Mais elle réalise rapidement qu’elle rêve d’autre chose, de s’engager dans une aventure plus large, qui lui permettrait de concilier ses contraintes de femme, devenue nomade, avec un projet “utile socialement”. A cette époque, le thème du développement durable est encore relativement confidentiel en Asie: Hong Kong, par exemple, en est encore à s’enorgueillir de son nouveau système de traitement des eaux usées. Joelle décide de s’investir dans le champs de la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE).

Elle reprend le chemin des études et s’inscrit, à Hong Kong, à l’Open University, où elle suit une formation spécialisée dans “l’évaluation de l’impact environnemental”; un programme qu’elle terminera 2 ans plus tard, à Londres, où l’aura conduite, entretemps, une nouvelle expatriation.

En 2005, elle repart en Asie et s’installe en Thailande où, en Février 2006, elle lance, avec sa soeur le site RSE et PED, un portail francophone d’information et de ressources consacré, comme l’indique son nom, à la Responsabilité Sociale des Entreprises (RSE) dans les Pays en Développement (PED).

Lorsqu’elle arrive sur place, il n’existe pas en Thailande de vrai culture de la RSE: “Certaines ONG sont déjà très présentes et actives, mais le leadership des projets RSE est plutot assuré par une élite d’hommes d’affaires éclairés plutôt que par la société civile ». Pourtant, l’organisation du GIEC, en 2007, à Bangkok marque un tournant avec le développement de nombreuses initiatives dans un pays marqué par de profonds déséquilibres : une très forte concentration de la population et des activités économiques à Bangkok, l’enrichissement rapide des élites, la pauvreté dans les régions rurales… Joelle effectue des missions pour plusieurs organismes. Elle travaille notamment, avec le lycée français, à la mise en œuvre d’un programme d’éducation au développement durable, où il s’agit non seulement de sensibiliser mais aussi d’impliquer les enfants dans des actions concrètes.

 

RSE et PED, un portail pour favoriser la transparence et le partage de l’information

logo Rse et Ped

 

 

 

En lançant un site spécialisé dans le champs de la RSE, Joelle Brohier et sa sœur se plongent dans une œuvre titanesque : référencer et surtout mettre à disposition du public, gratuitement ,un ensemble d’informations et de ressources sur la RSE  et le développement: textes de loi, engagements internationaux, articles, rapports RSE des entreprises…

Le site met particulièrement en exergue les 8 objectifs du millénaires, qui sont autant de sources pour comprendre et agir dans le domaine de la lutte contre les inégalités et pour le développement : réduire l’extrême pauvreté, garantir l’accès à l’éducation,…

Dans un secteur où abondent les initiatives et les perspectives contradictoires, le site RED et PED, veut rapporter l’information brute, favoriser la lisibilité des textes et initiatives, engager les acteurs au dialogue et à la synergie : ambition louable et  sans doute nécessaire mais difficile à mettre en œuvre, surtout lorsqu’il s’agit de mesurer concrètement l’impact des projets mis en oeuvre.

La RSE en Asie

Ayant vécu successivement à Hong Kong, en Thailande et, depuis quelques années, à Singapour, Joelle Brohier porte un regard d’experte sur le développement de la Responsabilité sociale en Asie du Sud Est. Au travers d’Anakout, la société de conseil qu'elle a créé, elle a multiplié les missions dans la région et a réalisé récemment une étude pour le compte de l’OCDE.

Pour elle, «il n’existe  pas encore de vrai leadership des pays sur ce thème en Asie, même si de nombreuses initiatives gouvernementales et d'organisation professionnelles ont vu le jour depuis quelques années. La RSE a longtemps été perçue comme une initiative des pays occidentaux pour imposer des règles protectionnistes aux pays en développement. Cette perspective a fortement restreint les initiatives».«Mais Les chose, précise Joelle, ont beaucoup évolué depuis 4-5 ans. A Singapour, par exemple, la RSE s’inscrit traditionnellement dans la démarche d’amélioration de la compétitivité, et est vue comme un moyen de conquérir des parts de marché à l’export. L’attitude qui prévaut, même si elle commence à changer, est de ne pas imposer de contraintes aux entreprises et de procéder d’abord de manière incitative. Des initiatives telles que "sustainable development footprint Singapore" voient cependant le jour, et la ville Etat, qui n’a signé l’accord de Kyoto qu’en 2006, est aujourd’hui partie prenante dans l’accord de Copenhague.»

Lors d’une présentation qu’elle faisait en Mars dernier à la Chambre de Commerce de Singapour, Joelle Brohier insistait sur l’évolution très positive des engagements politiques et des initiatives des institutions financières. «La 1ere exigence pour l’Entreprise Socialement Responsable, c’est de contribuer au développement du pays en payant des impôts, en améliorant les conditions de travail, en s’attachant à ne pas abimer l’environnement.» A cet égard, elle remarque que les grandes entreprises ont dans l’ensemble mis en œuvre des programmes d’action remarquables, mais que cette dynamique n’est que partiellement relayée au niveau des petites et moyennes entreprises… un champ d’amélioration auquel Anakout apportera sans doute sa contribution.

Catégorie: 
Etiquettes: 

Jean Sébastien Blanc, DRH Alstom en Asie

Pour Jean Sébastien Blanc, Vice President HR d'Alstom Transport pour l'Asie Pacifique, le déploiement du groupe dans la région passe par le maillage des équipes locales avec celles qui restent basées en Europe ou aux Etats Unis. Entretien avec un DRH de terrain, basé à Singapour depuis 2 ans, qui nous parle d'Alstom, de son rôle en Asie, et de ce que lui apporte son expérience personnelle de l'expatriation. 

 

Alstom en Chine- source Alstom media Library

 

Quelles sont les activités d'Alstom transport en Asie Pacifique?

Alstom transport est présent dans la région à travers 2 types de produits: le matériel roulant (train et métro) et les solutions informatiques (salle de contrôle, équipement embarqué et système de gestion de trafic).

Nous travaillons actuellement dans la quasi totalité des pays de la zone et particulièrement en Chine, en Inde, en Australie et à Singapour où nous avons réalisé des projets importants: circle line à Singapour, un gros projet de train 'high speed' en Chine,... Certes, la région Asie Pacifique reste encore marginale en termes de chiffres d'affaires (10% du total en 2009, loin derrière l'Europe et les Etats unis) mais, avec un taux de croissance annuel de 8 à 10%, elle constitue un axe de développement stratégique.

Alstom transport représente en Asie un effectif de 2200 personnes qui sont essentiellement en charge de la vente des produits et systèmes, du développement des activités et de la gestion des projets.

Comment décririez vous votre rôle en tant que DRH de la zone Asie pacifique?

Le coté positif de mon job actuel est que je suis relativement déchargé des aspects opérationnels de la fonction, lesquels sont pris en charge localement par les DRH pays. Je peux ainsi me concentrer sur des aspects qui relèvent davantage de l'impulsion de projets, de la coordination et l'animation des équipes RH et du coaching des managers sur la zone. De manière plus concrète, mon rôle peut être décrit sous 3 aspects: le staffing et le développement des ressources (managers asiatiques et expatriés), la performance des organisations et le support au management.

Avez-vous beaucoup d'expatriés en Asie?

Oui, Alstom transport emploie une centaine d'expatriés dans la région. Cette situation, qui peut sembler impressionnante est en fait liée à la nature de nos activités, centrées sur la gestion de grands projets. Les produits et systèmes développés par Alstom sont d'une grande complexité et nécessitent un long temps d'apprentissage. Les transferts de compétences ne peuvent  s'imaginer que dans la durée et il est difficile, dans ces conditions, de trouver immédiatement sur place le niveau d'expertise requis. Par ailleurs, dans l'état actuel de l'organisation, les équipes d'ingénierie sont encore largement basées en Europe, ce qui nécessite de la part de nos chefs de projets en Asie, qu'ils maitrisent bien la relation avec leurs homologues ou correspondants en Europe; c'est souvent plus facile lorsque l'on a eu l'occasion de travailler sur place et de construire ses réseaux.

Alstom considère de surcroit que l'expatriation est un point de passage essentiel dans la carrière de ses managers; une étape leur permettant de prendre une véritable dimension globale en se frottant à de nouvelles cultures et de nouveaux environnements de travail.

A quel type de difficultés vous trouvez-vous confronté dans la gestion de ces expatriés?

Les difficultés classiques liés à la mobilité et au fait de travailler dans un environnement différent. Alstom est cependant un groupe dans lequel la dimension multiculturelle est omniprésente et qui valorise la mobilité dans le parcours de ses managers. Notre souci est de mettre nos expatriés en situation d'être performants dans leur emploi et de gérer leur carrière à moyen terme. Alstom a d'ailleurs mis en place une politique stricte concernant les durées d'expatriation, pour éviter les phénomènes d'ancrage ou les situations de décalage qui rendent parfois impossible le retour dans le pays d'origine: la règle est que les expatriés ne peuvent pas rester plus de 5 ans dans le même pays. Revenir dans le pays d'origine entre 2 affectations à l'étranger est souvent une bonne manière de revenir sur terre et l'employabilité des intéressés s'en trouve renforcée.

La mobilité ne concerne d'ailleurs pas seulement des mouvements d'Europe ou des Etats unis vers les autres pays. De plus en plus, nous gérons des mouvements à l'intérieur de la région Asie voire des parcours asiatiques comprenant des étapes en Europe. Notre Directeur à Taiwan, par exemple, est un Singapourien. Nous avons aussi embauché un Ingénieur indien qui, après avoir fait ses classes dans son pays d'origine, s'est initié à l'expatriation au travers d'une première affectation à Singapour, avant de partir en France puis de revenir en Inde comme responsable d'établissement.

Et en ce qui concerne les managers asiatiques?

Faire grandir notre pool de talents et en faire émerger les leaders véritablement globaux dont nous avons besoin est un enjeu majeur pour le groupe. D'une manière générale, nous disposons de talents remarquables dans les pays où nous sommes implantés: la Chine a même, chose remarquable, des universités ferroviaires. La difficulté est de donner à ces managers les moyens d'évoluer dans un monde technologiquement complexe où la connaissance des réseaux internes et des personnes est un puissant facilitateur. Nous avons à cet égard lancé un programme de développement de nos managers- GOAL (Grow Our Asian Leaders)- qui prévoit notamment un déplacement d'une semaine en Europe, au cours duquel les intéressés multiplieront les visites de sites et auront l'opportunité de rencontrer de très nombreux responsables et experts.

C'est un beau projet qui a été porté par le management, lequel a joué un rôle clé dans sa réalisation. Plus globalement mon rôle est de favoriser le maillage des équipes entre l'Europe et l'Asie. A cet égard, le fait que j'ai acquis au travers de mon parcours, une bonne connaissance du groupe, me parait un aspect fondamental pour jouer pleinement ce rôle de passeur et favoriser le développement de la région Asie non pas de manière isolée mais en intéraction étroite avec le reste des équipes dans le monde.

Vous êtes vous-même expatrié. Qu'est-ce que cette expérience vous a apporté?

Je suis arrivé à Singapour en 2008. C'était ma première véritable expérience de l'expatriation. Pour autant, comme DRH des opérations monde (22 000 personnes), je travaillais déja depuis longtemps dans un contexte international et avec des équipes multiculturelles.

L'expatriation n'a pas été un choc sur le plan professionnel. Mon sentiment sur ce point est qu'il n'est pas fondamentalement différent de gérer des relations avec des Indiens ou avec des Polonais. L'essentiel est dans la posture d'écoute et de respect des différences. En revanche, l'expatriation m'a fait toucher du doigt ce que c'était que de ne plus vivre dans son environnement de référence. A cet égard, je considère qu'il s'agit d'une expérience à la fois passionnante et extrêmement formatrice.

En quoi cette expérience a-t-elle changé votre regard ou vos pratiques de management?

Je pense que j'ai surtout appris à écouter; à ne pas partir de mes opinions mais de ce que les personnes ont à dire. Même au siège, il arrive que les gens me le disent "tu parles différemment depuis que tu es en Asie". D'une certaine manière, j'ai été beaucoup aidé par le Tai Chi, que je pratique depuis plusieurs années et qui m'a peut être prédisposé à être curieux de l'Asie et de ses spécificités.

En Asie, il faut être pédagogue et expliquer, dans le détail, ce que l'on veut. Il n'est pas possible d'être approximatif. L'avantage, en contrepartie, c'est que les choses vont ensuite très vite.

Il faut prendre le temps. Rien ne se fait tant que la confiance n'est pas établie. Il faut créer la relation. A mes débuts en Chine, j'ai réalisé un certain nombre d'entretiens individuels. Le cérémonial était chaque fois le même: on passait d'abord une heure à échanger des banalités, puis, à la fin de l'entretien, surgissaient enfin les questions de fond...

Quelles sont les plus grandes satisfactions que vous retirez de cette expérience en Asie?

D'abord beaucoup de plaisir. Ensuite la fierté d'avoir, me semble-t-il, été accepté par la plupart des gens. Enfin le sentiment d'avoir joué pleinement ma partie dans l'effort permanent pour réconcilier les spécifités locales avec les contraintes et règles globales.

 

Catégorie: 
Etiquettes: 

Marion, itinéraire d'une VIE passionnée

SINGAPOUR- A 26 ans, Marion Juteau a déjà derrière elle un long parcours à l’international. Rien ne la prédisposait pourtant à l’aventure du grand large, si ce n’est un environnement familial qui l’a toujours soutenu, la curiosité et la volonté de saisir chaque opportunité.  En VIE à Singapour, elle y a ouvert,  il y a un peu plus d’un an,  la première filiale de la société Prelytis en dehors de l'Europe, pour couvrir la région Asie.

 

Du Poitou-Charentes... à Shanghai: une succession d'opportunités

Originaire de la région Poitou-Charentes, Marion y est restée sagement jusqu'à son Bac. Issue d’une famille d’entrepreneurs, dans le domaine des transports et de la charpente,  elle baigne cependant dans une culture où l’esprit d’entreprise est vertu et où l’aventure est perçue davantage comme une opportunité de développement que comme un risque. C’est probablement ce contexte qui fera que, à chaque étape de son parcours, au lieu d’un itinéraire classique, Marion choisira chaque opportunité saisissable pour parcourir le monde et  multiplier les expériences de terrain.

De fait, dès le bac en poche,  elle décide de partir aux Etats Unis dans le cadre d’un programme de sponsoring du Rotary club. (un programme de soutien aux jeunes qui souhaitent partir à l’étranger; une manière de promouvoir les liens entre la région et l’international). Elle imaginait la Nouvelle Zélande, elle atterrit aux Etats Unis, dans le Wisconsin, où elle passe, en 2001-2002,  une année d’étude qu’elle décrit comme « formidable », avec la découverte du quotidien d’une étudiante américaine, au sein d’une famille d’accueil avec laquelle elle tisse des liens privilégiés.

 

A son retour en France, Marion parle couramment l’anglais et a contracté le virus de l’international. Elle rejoint l’ESCEM pour un parcours académique de 3 ans, dont 2 ans à Hull en Angleterre. Elle multiplie les stages, en Belgique et en France. A la clé, elle obtient un BA (Bachelor of Arts) en Marketing management.

Ele ne s’arrête pas là. Elle exploite les opportunités d’admission parallèles et intègre l’ESC Lille, dans un programme international tout nouveau: l’IMiM (International Master of Management). Marion y fait la première année, puis décide de faire une césure: « C’est une opportunité extraordinaire pour les étudiants qui veulent muscler leur expérience professionnelle et se confronter au terrain. Si on se débrouille bien, entre la fin de la première année en Juin et le début de la deuxième année, en Octobre, on peut accumuler 17 mois de stages ».

Marion commence par le terrain. Pendant 8 mois elle sera Chef de secteur grande distribution pour Henkel. Puis elle prend le large et part à Shanghai au sein du petit bureau de distribution de DCA services (une entreprise du Poitou, spécialiste de la publicité par l’objet, qui fait réaliser ces derniers par des partenaires en Chine). Sur place, le rôle de Marion est de trouver des partenaires et fournisseurs,  de contrôler la qualité et de suivre l’ensemble des aspects logistiques. Marion découvre la Chine, son gigantisme, sa pollution mais aussi une vibrante capitale économique, excitante et dynamique. Pour la jeune étudiante, Shanghai est une porte ouverte sur des futurs pleins de promesses.

En Aout, elle revient en France pour terminer son cycle d’études. Elle prend à peine le temps de poser ses valises: elle s’envole à nouveau vers Montréal; cette fois pour étudier, pendant 4 mois, dans le cadre d’un tout nouveau partenariat entre son école et l’Université de Concordia. En Décembre, elle revient enfin en France pour achever le programme, passer son diplôme, et décrocher au passage une nouvelle distinction: elle termine première de sa promo.

 

Le Volontariat International Entreprise (VIE), clé d’entrée pour débuter en Asie

La carrière professionnelle est aussi jalonnée de déceptions. Marion en fait l’expérience à peine diplômée. Elle rêvait de repartir en Chine. DCA services, où elle avait fait un stage, lui propose de prendre en charge le bureau de représentation. Les choses se précisent, Marion se prépare. Las, les choses se précipitent, la société est pressée de pourvoir le poste et ne peut attendre Marion, qui finit ses études un mois trop tard. Adieu DCA et adieu la Chine, car dans la mouvance des tensions franco-chinoises, en arrière fonds des jeux olympiques, la Chine restreint de manière drastique l’accueil des jeunes professionnels en exigeant qu’ils aient au minimum 2 ans d’expérience professionnelle après leur diplôme.

Marion a cependant la volonté de repartir. Elle se tourne vers Ubifrance, (Agence Française pour le développement international, qui gère en France les VIE- Volontariat International Entreprise) et scrute les offres. Elle fait le point et se rend compte qu’elle aimerait, dans l’idéal, ouvrir la filiale d’une petite société à l’étranger. L’idéal frappe à sa porte sous les traits de Prelytis, une petite société éditeur de logiciel, créée en 2002 par 3 anciens de la société SEMA, pour développer des solutions de tableaux de bord de pilotage de la performance accessibles sur ordinateurs et appareils mobiles. Entre la jeune professionnelle nomade à la fibre entrepreneur et cette équipe de jeunes dirigeants, le courant passe immédiatement.

dashboardMarion a 25 ans et n’a pas la moindre culture technique. Qu’à cela ne tienne, elle est embauchée en VIE avec la charge d’ouvrir, à Singapour, le premier bureau de la start up en dehors de l'Europe, avec une couverture sur l’ensemble de la région Asie Pacifique.

Entre le début de son VIE et le départ effectif à Singapour, elle va se former pendant plusieurs semaines sur le produit, participer à la mise au point des webinars et autres moyens de supports commerciaux mis en ligne sur le site internet de la société, et organiser un événement de lancement de Prelitys en Asie, avec le support de l’Ambassade de France.

Elle arrive finalement à Singapour en Novembre 2008, supportée par le CEO de Prelitys qui passera d’abord plusieurs semaines sur place puis reviendra de manière régulière, notamment pour accompagner sa jeune responsable commerciale lors des échanges avec les plus gros clients.

Marion commence par exploiter les liens générés par la plateforme internet et l’événement organisé avec le support de l’Ambassade de France. Très vite, des grands comptes s’intéressent au produit: « d’une manière générale, je constate que les échanges sont assez ouverts et que les responsables d’entreprise, à Singapour, sont volontiers curieux des nouvelles technologies. Pour autant, les choses prennent du temps et les relations, que ce soit avec les clients ou avec les partenaires potentiels, doivent être tissées dans la durée ».

A t’elle eu du mal à prendre la mesure de sa mission sur place?  Elle semble ne pas vouloir s’attarder sur les obstacles: « vendre du software, c’est difficile, parce que c’est un produit vivant qui s’adapte et évolue de manière régulière. L’une de mes grandes inquiétudes au départ, c’était mon manque de connaissances techniques, surtout lorsqu’il s’agit d’intervenir dans des réunions dans lesquelles il peut y avoir plusieurs experts techniques autour de la table. C’est parfois dur aussi d’être seule, même s’il y a, à distance, un vrai travail d’équipe.  En dehors des outils de communication que nous utilisons chez Prelitys de manière extensive (Skype,…), je pense que le choix d’installer nos bureaux dans un business centre a été déterminant. Je n’ai pas de problème pour me réveiller le matin et ne manque pas, en général, de motivation, mais c’est quand même sympathique de retrouver d’autres entrepreneurs au début de la journée pour prendre un café, voire pour échanger des idées ou trouver du support. »

Grâce aux efforts de Marion localement, Prelytis est aujourd’hui en contact avec de nombreux partenaires sur la région. La société travaille beaucoup à Singapour et en Malaisie et est en pourparler avec des partenaires en Inde.

Pense-t-elle au retour ? « Pas vraiment, répond l’intéressée, rien n’est jamais exclu mais je ne me vois pas travailler en France pour l’instant. J’aimerais pouvoir continuer le travail engagé au sein de Prelitys au delà de mon VIE.  Et si les choses ne pouvaient se faire ainsi, de toute façon, je chercherais à continuer à travailler à Singapour ».

 

Article repris dans le petitjournal.com Singapour

 

Catégorie: 
Etiquettes: 

Portrait d'entrepreneur: Carole Chomat, Directrice du petitjournal Singapour

SINGAPOUR - Carole Chomat a lancé il y a quelques semaines l’édition du petit journal à Singapour. Jeune femme à l’allure sportive et au regard pétillant, elle prépare une interview lorsque je la retrouve pour renverser les rôles et lui proposer de parler de son expérience d’expatriée, créatrice d’entreprise et témoin privilégié de  la vie de ses compatriotes à l’étranger. Elle se prête à l’exercice avec simplicité et enthousiasme, visiblement heureuse de ce qu’elle fait et pleine de projets pour l’édition du Petit Journal Singapour, qui connaît déjà un succès remarquable.

 

Pouvez-vous nous parler de votre parcours avant votre arrivée à Singapour ?

Je suis arrivée à Singapour il y a 18 mois, pour accompagner mon mari. C’est ma première expérience à l’étranger.

Etudiante, j’avais souhaité faire du journalisme, passionnée par le modèle des grands reporters. Mais mon environnement familial m’en avait dissuadée, considérant qu’il s’agissait d’un métier dans lequel les carrières étaient très incertaines. J’ai ainsi poursuivi des études juridiques, avec une spécialité dans le droit notarial et l’immobilier.

J’ai ensuite naturellement démarré ma carrière comme commerciale dans le secteur immobilier, un travail passionnant mais aussi très exigeant, qui imposait une grand disponibilité. Lorsque ma famille s’est agrandie, j’ai éprouvé le besoin d’un emploi plus sédentaire et j’ai rejoint Pôle Emploi (à l'époque ANPE).

Quelles étaient vos fonctions à Pôle Emploi

L’ANPE offre des opportunités professionnelles insoupçonnées. Au début je réalisais des études de marché et enquête de qualité auprès des entreprises et des chercheurs d’emploi. Puis je suis devenue conseillère emploi. Le contexte était très contraignant : je pouvais recevoir jusqu’à 20 personnes par jour avec chaque fois l’obligation d’être « complètement à l’écoute » tout en étant concise et orientée vers l’action. Mais les activités étaient aussi très variées, avec le suivi d’un public jeune, l’opportunité de rencontrer les entreprises, d’organiser des salons. C’est un métier dans lequel on est en permanence en contact avec l’humain. Pour celles qui comme moi sont passionnées par ces relations, c’est vraiment un environnement motivant.

Comment s’est présentée l’opportunité de venir à Singapour

Mon mari est rentré un soir avec cette proposition. Cela n’a pas été une surprise et nous n’avons pas hésité. Mon mari a beaucoup vécu à l’étranger lorsqu’il était enfant puis au début de sa vie professionnelle. Partir en expatriation était d’une certaine manière inscrit dans notre contrat de mariage. J’avais moi aussi très envie de vivre à l’étranger. Pour autant, ce projet de départ ne tombait pas nécessairement au meilleur moment : je venais, après 5 ans, d’être contractualisée, avec plusieurs salons en chantier; j’avais du travail par dessus la tête et mon mari, envoyé sur place pendant 7 mois, a été absent pendant toute la phase de préparation. J’ai du jongler entre les enfants, mon travail et les aspects pratiques du départ: une sorte de décathlon où il faut assurer sur tous les fronts.

Comment s’est passée votre arrivée à Singapour?

Lorsque je suis arrivée à Singapour, cela a d’abord été un grand soulagement. Après la course du départ, je pouvais enfin souffler. Puis je me suis mise à chercher un emploi. Le contrat initial de mon mari était de 2 ans et j’étais en situation de mise en disponibilité de l’ANPE, mon souci était de trouver un emploi ou une activité dans laquelle je pourrais mettre à profit mon expérience. J’ai multiplié les contacts, mais les différentes offres que j’ai faites, dans l’orientation des jeunes ou l’accompagnement des personnes en recherche d’emploi, n’ont pas trouvé d’écho chez les institutionnels. J’ai fait le point et me suis dit que le fait d’être «française à l’étranger» constituait un atout. La question subsidiaire était de repérer dans quels emplois cet atout pouvait être déterminant : l’hôtellerie, la représentation des marques françaises de luxe,… Mais la recherche d’emploi en 2009, dans un contexte marqué par la crise, s’est révélée être un exercice déprimant et je n’entrevoyais pas vraiment d’opportunités. Les choses ont changé lorsque mon mari a appris que son contrat était prolongé jusqu’en 2013. A partir de ce moment, il ne s’agissait plus de faire la jonction entre 2 emplois en France mais bien de construire un parcours professionnel sur place.

Quand vous est venue l’idée de créer l’édition du petit journal Singapour?

A peu près à cette période. J’ai considéré les choses de manière extensive. J’ai identifié l’opportunité de créer une édition du petitjournal à Singapour par hasard. J’ai pris contact avec Hervé Heyraud, le fondateur, que j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer la semaine suivante à Singapour. Compte tenu du contexte de Singapour, le fait qu’il n’y existat pas encore une édition locale relevait presque de l’anomalie: il n’existait rien de comparable et il y avait sans doute, dans la communauté francophone, le besoin d’un support d’information locale quotidien. Le petitjournal, qui a vocation à devenir un support de référence en Asie, serait sans doute un support apprécié des annonceurs potentiels. Puis les choses sont allées très vite. Je n’ai pas hésité longtemps. J’ai très vite confirmé à Hervé Heyraud que j’étais prête à me lancer. Ensuite j’ai engagé une intense campagne de Networking pour à la fois confirmer le besoin et saisir les attentes particulières.

Quelles ont été les réactions à votre projet?

Très bonnes dans l’ensemble. J’ai rencontré beaucoup de gens qui m’ont dit que l’idée était formidable et que le projet répondait à un vrai besoin. Mais j’ai aussi eu beaucoup de réactions du type  « ce que tu entreprends est énorme ! Est-ce que tu imagines la quantité de travail que cela nécessite, les risques ?... » . J’avoue que cela m’a moi-même parfois inquiétée: « dans quoi je m’embarque ? »

A quels types d’inquiétudes avez vous été confrontée ?

La peur d’être seule. Je crois que c’est la plus importante. C’est probablement plus facile d’entreprendre un projet comme celui-ci à deux . L’avantage en contrepartie, c’est que c’est «mon projet». D’ailleurs, je pense que les personnes que j’ai rencontrées ont été très sensibles à cet aspect : elles ont perçu que j’étais très motivée, qu’il s’agissait d’un projet sérieux et pas le pis aller d’une jeune femme désœuvrée. Pour le reste, je n’avais pas grand chose à perdre et au contraire beaucoup de choses à gagner : j’ai investi dans ce projet l’argent que j’ai retiré de la vente de ma Kangoo en France. Je me suis dit  que cette voiture avec laquelle j’avais fait tant de choses pouvait être le support d’une nouvelle aventure. L’objectif, c’est au minimum de pouvoir en racheter une autre plus tard. Dans l’intervalle, c’est une mise de fonds personnelle qui me permet de coller une étiquette résolument personnelle sur mon projet.

En quoi Singapour ou simplement le fait de vivre à l’étranger ont-ils facilité votre projet?

Je pense que le fait d’être à l’étranger ouvre des perspectives inédites, des opportunités formidables. C’est plus facile de prendre la décision de sortir des sentiers battus et de se lancer. A Singapour en particulier, la simplicité des formalités administratives est un rêve. Par ailleurs, il me semble beaucoup plus facile de développer son réseau et de s’appuyer sur lui pour développer une initiative originale. J’ai reçu beaucoup de soutien à ce titre et en particulier au travers du service culturel de l’Ambassade. Cela m’a évidemment beaucoup aidé.

Quelles sont, selon vous, les clés de la réussite pour démarrer un tel projet?

Je pense qu’il est essentiel, pour ce projet en particulier, d’avoir un intérêt pour les gens. C’est mon moteur et c’est ce qui fait que je prends chaque jour énormément de plaisir. Il faut être évidemment intéressé par les sujets couverts et la rédaction d’articles. Pour moi, c’est un retour à une passion qui était restée inassouvie, celle de faire du journalisme.Je découvre avec beaucoup de bonheur les différents aspects de la gestion d’un journal. J’ai la chance à ce titre de pouvoir m’appuyer sur la structure et les compétences du petit journal. Je me suis entourée d’une équipe de collaborateurs talentueux et motivés qui m’aide beaucoup, et je découvre moi-même que mon écriture change rapidement avec l’exercice répété des articles à écrire. Mais il y a aussi des difficultés et des chausse trappes. Il faut être femme orchestre et être aussi bonne commerciale (c’est le nerf de la guerre) que bonne organisatrice. Rien n’est jamais acquis. Lorsqu’on a des moyens limités, il faut aussi savoir travailler avec des équipes qui restent largement virtuelles. C’est riche mais c’est aussi très exigeant.

En quoi ce projet vous a t-il changée.

Le fait de démarrer ce projet a changé beaucoup de choses en ce qui concerne mon expérience de l’expatriation. Désormais je ne me considère plus comme demandeur mais comme offreur d’un service, cela change tout. Vis-à-vis de mes enfants et de mon mari, je remarque que le regard a changé : ils voient ce que je fais. L’aventure de la création d’entreprise est aussi gratifiante qu’exigeante. Je sens bien qu’elle me fait évoluer, emprunter de nouveaux chemins, découvrir de nouvelles perspectives. De quoi demain sera-t-il fait ? Je l’ignore. Peut-être cette expérience ouvrira-t-elle des portes que je n’avais pas imaginées. Peut-être, lorsque viendra le moment du retour, n’aurais-je plus envie de faire ce que je faisais. C’est un voyage dont je savoure chaque étape.

Où en est aujourd’hui Lepetitjournal Singapour?

Le petitjournal Singapour va bien. L’édition a rencontré un bon succès dès son lancement et le nombre des abonnés à la Newsletter atteignait 950 après seulement 10 jours, avec plus de 10.000 pages lues en un mois. Le Petit journal a inauguré la semaine dernière une nouvelle formule qui donne plus de confort à la lecture et beaucoup de visibilité aux annonceurs.Cela devrait soutenir encore davantage le développement du petitjournal à Singapour.

Catégorie: 
Etiquettes: 

Stéphane: retour sur une recherche d'emploi réussie à Singapour

Stéphane Brusa, est arrivé en 2009 à Singapour, interrompant sa carrière de Responsable Ressources Humaines chez Renault pour accompagner sa compagne. Au terme d’une période de recherche intensive mais finalement assez rapide, Stéphane a retrouvé  il y a quelques mois un emploi dans une grande entreprise américaine du secteur informatique. Il nous fait part de son expérience de  chercheur d’emploi à Singapour.

Bonjour Stéphane, pourriez-vous nous faire partager votre expérience à la fois en tant que chercheur d’emploi et en tant que spécialiste des Ressources Humaines.

Volontiers

Comment avez-vous engagez vos recherches ?

J’ai démarré mes recherches très en amont, alors que j’étais encore en France. J’ai visité de nombreux sites emploi avec l’objectif, moins de rechercher une opportunité immédiate, que de me faire une idée du marché : les emplois à pourvoir , les salaire pratiqués. .. De fait j’ai rapidement pu, grâce à internet, me faire une assez bonne idée du marché. Les offres d’emploi sont souvent riches d’enseignement sur le contenu des emplois offerts et sur les qualifications recherchées.

Avez-vous pris des contacts ?

J’ai activé mes réseaux en France, au travers des entreprises dans lesquelles j’avais travaillé. Ces contacts ne se sont pas concrétisés, mais ils ont été utiles.

J’ai aussi pris contact, via leur site internet, avec les entreprises françaises à Singapour. Les résultats sur ce point n’ont guère été encourageants. Les réponses ont été rares et j’ai acquis la conviction qu’il ne fallait pas escompter de retours tangibles tant que je ne serais pas physiquement présent à Singapour.

Et une fois sur place ?

Quand je suis arrivé à Singapour, je me suis surtout attaché à multiplier les rencontres et ai multiplié les candidatures sur internet.

Les candidatures sur internet n’ont pas donné de résultats.  Sur les 120 dossiers envoyés je n’ai obtenu que 3% de réponses. Certains contacts ont été assez fantaisistes : on m’a par exemple proposé un emploi au Qatar. Cependant, je connais des personnes qui ont trouvé leur emploi de cette manière. Ce n’est donc pas une piste à négliger.

Sur le plan du réseau, je lui ai consacré l’essentiel de mon temps le premier mois : j’ai rencontré des consultants et chasseurs de têtes qui m’ont prodigué leurs conseils . J’ai pris contact avec des responsables d’entreprises françaises qui ont d’ailleurs été très ouverts et m’ont, chaque fois qu’ils en avaient la possibilité, ouvert leur carnet d’adresse avec le souci de m’aider.

J’ai utilisé la liste des entreprises françaises à Singapour, accessible sur le site de la Chambre de Commerce Française. J’ai soit envoyé des lettres de candidatures spontanées, soit contacté directement par téléphone les responsables.

Une autre methode que j'envisageais d'appliquer etait d'aller directement aupres des agences de recrutements pour me presenter, proposer ma candidature et connaitre leurs opportunites.

J’ai aussi participé à un salon de l’emploi, organisé par Jobs DB. En l’occurrence, la grande majorité des emplois proposés étaient dans le domaine commercial. J’ai cependant joué le jeu, parce qu’on ne sait jamais comment surgit une opportunité et parce que c’était une bonne façon de voir des recruteurs, de comprendre leurs attentes, et de côtoyer d’autres chercheurs d’emploi.

Comment avez-vous trouvé votre emploi actuel ?

Par le réseau et soit dit en passant, au travers d’un contact noué vraiment par hasard, puisque c’est initialement en discutant avec une voisine que j’ai finalement été recruté. Elle était elle-même responsable d’une entité en plein développement, à la recherche de ressources. Mon profil l’a intéressé, elle a transmis ma candidature aux Ressources Humaines dans son entreprise. Les entretiens se sont ensuite multipliés jusqu’à l’embauche définitive.

Que retenez-vous de cette expérience ?

J’en retiens qu’il ne faut vraiment négliger aucun contact et concilier le plus possible l’utile et l’agréable. J’ai noué des contacts intéressants en discutant avec des personnes croisées dans des food courts. J’ai rencontré aussi beaucoup de gens en jouant au football ou à l’occasion de voyages dans la région.

Précisément, quels conseils donneriez vous à d’autres chercheurs d’emploi ?

Je pense que la clé se situe vraiment au niveau du réseau. Il ne faut pas hésiter à être transparent, à parler de sa situation et de sa recherche. Le contact décisif n’est pas toujours celui qu’on imagine.

Le second point important est de s’organiser de manière professionnelle. La recherche d’un emploi, comme on le dit souvent, est un job en soi. Organiser - son temps est essentiel pour être réellement actif et orienté vers l’objectif de retrouver un emploi. Il est important de ménager de véritables plages de travail. Personnellement, je m’étais fixé des horaires fixes : de telle heure à telle heure le matin, de telle heure à telle heure dans la deuxième partie de l’après midi . Il faut aussi  savoir ménager des espaces pour se détendre et surtout prendre le temps de comprendre et s’intégrer à son environnement.

Y-a –t-il des choses que vous n’avez pas fait et qui, à la réflexion, auraient pu être utiles ?

Oui, il y a bien sûr des choses que j’aurais pu faire différemment.On m’a conseillé de prendre des contacts directs avec les responsables d’entreprise. J’envisageais aussi d’aller directement me présenter dans les agences de travail temporaire pour proposer ma candidature et connaître leurs opportunités. Je pense que c’est ce que j’aurais fait dans un second temps. D’une manière générale, il me semble très important de procéder par étape. Ne serait-ce que pour éviter les situations de complète démotivation, lorsque, après avoir épuisé tous les moyens possibles on n’a obtenu aucun résultat tangible. La recherche d’emploi peut être un effort à long terme. Il est important de se dire « je fais cela pendant un certain temps, je m’y consacre pleinement et si cela n’est pas suffisant, je passerai à cette autre démarche,…etc.

Merci beaucoup Stéphane. Pourrons-nous éventuellement reprendre cette discussion pour évoquer la manière dont se sera passée votre intégration dans ce nouvel emploi à Singapour ?

J’en serai très heureux.

Catégorie: 
Etiquettes: 

Laurent Ferrier, promoteur d'artistes marocains à Singapour

Le parcours de Laurent Ferrier illustre de manière exemplaire comment un conjoint d’expatrié peut créer lui-même son activité professionnelle à l’étranger : écouter les vibrations du pays d’expatriation, rester réceptif aux opportunités et à ses propres envies,  apporter à son projet enthousiasme et créativité . Ce dernier jour de Mars, c’est un galeriste tout sourire qui accueille, dans les locaux de l’alliance française de Singapour, les derniers visiteurs d’une exposition consacrée à deux peintres marocains Ali Maimoun et Said Ouarzaz. L’exposition a été un franc succès. Le buzz a fonctionné à plein : artistes chinois et singapouriens, galeristes et expatriés de tout poils sont venus et ont apprécié. La majeure partie des tableaux a été vendue et de nouvelles expositions se dessinent, pourquoi pas cette fois en Chine continentale.

Laurent Ferrier ne boude pas son plaisir. Cette exposition, il l’a organisée de bout en bout : depuis le contact et l’encouragement des artistes, dans les environs d’Essaouira, jusqu’à la scénographie et l’accrochage, en passant par la recherche d’un lieu à Singapour, l’importation et le stockage des œuvres chez lui, la réalisation des plaquettes de communication et l’organisation des relations presse. Pendant 2 semaines, il s’est tenu à la disposition du public, écoutant les visiteurs réagir et parfois se raconter devant les tableaux ; organisant même des visites spéciales pour les écoles, française et singapouriennes.

Laurent Ferrier n’est pas un galeriste comme les autres. Il y a quelques mois, il n’imaginait pas s’investir dans l’art. Arrivé il y a deux ans à Singapour comme conjoint d’expatriée, il a pris le temps de comprendre en profondeur le pays et sa région, arpentant avec bonheur les rues et quartiers de son pays d’accueil, à la recherche d’un projet professionnel sur place dans lequel il aurait la possibilité d’exprimer ses compétences et sa créativité. L’idée comme souvent est née d’un contact. C’est un ami, Olivier Conil, antiquaire et galeriste à Paris, qui lui a proposé de s’associer pour faire la promotion d’artistes marocains en Asie. Le projet est devenu passion lorsque Laurent a rencontré les artistes et a découvert leurs œuvres sur place. Le succès aidant, Laurent peut nourrir d'autres ambitions: celles de transformer la passion en métier et de développer son activité en parfaite harmonie avec les exigences de mobilité de son statut de conjoint d'expatriée. « L’amusant dit l’intéressé, c’est que tout ce que j’ai fait auparavant semble, comme par magie avoir trouvé sa place dans ce projet ». De fait Laurent Ferrier, après des études en communication, a d’abord travaillé dans l’installation de stands à l’étranger. Passionné d’international, il s’est ensuite investi dans le tourisme, développant des circuits en Asie pour une agence de voyages française, avant de devenir animateur-formateur, toujours dans le tourisme, pour Le Club Méditerranée. Le succès de l’exposition est sans doute lié au génie des artistes et à la qualité de l’organisation dans laquelle Laurent Ferrier aura apporté tous les talents empruntés à ses précédents métiers. Il est probablement dû, par-dessus tout, à la manière dont l’intéressé aura su transmettre son enthousiasme et, en bon pédagogue, être allé chaque fois avec une égale curiosité à la rencontre de l’univers de chacun.

Catégorie: 
Etiquettes: 

Expatriée en Argentine

Interview de Sandrine, expatriée en Argentine

Je vis depuis 2 ans à Buenos Aires où j'ai créé avec mon mari illustrateur une société d'illustrations ILLUSTRA WORLD. Las de la vie en France et de la difficulté d'y vivre en tant que profession indépendante reconnue pour mon mari, et pour ma part (Assistante de Direction trilingue avec une formation en Droit et en Commerce international) lasse de ne pouvoir obtenir un job à la hauteur de mes compétences, nous sommes venus en Argentine en famille (j'ai un fils de 15 ans) dans le but également de découvrir d'autres cultures, de visiter l'Amérique du Sud et d'offrir à mon fils la possibilité d'être bilingue.

Partir et quitter ses attaches (familiales, emplois, amis...) n'est pas une chose toujours facile en soi, il est vrai, mais ce sont surtout les multiples difficultés cumulées que l'on rencontre à l'arrivée dans le pays qui peuvent en finir avec la dose de punch et d'optimisme qui vous portait. L'Argentine est actuellement un haut lieu d'expatriation pour les français.Tant pour des familles indépendantes comme nous, que des expatriés au sens littéral du terme c'est à dire détachés par leur société. Mais aussi beaucoup de retraités qui viennent chercher ici un moyen d'augmenter leur niveau de vie grace à un change intéressant. Si je n'ai jamais regretté mon choix de départ, je suis pour autant la première à dire que sans un moral XXL, l'aventure peut tourner au cauchemar. Ce qui a fait la différence pour nous, c'est d'avoir eu la chance de connaître des personnes clefs, parfois des "amis d'amis", parfois des rencontres fortuites, personnes qui dès le départ m'ont évité de tomber dans les pièges classiques.

Catégorie: 
Etiquettes: 

Pages

Subscribe to Portraits

Copyright © Equipaje 2012 - Tous droits réservés | Conditions d'utilisation | Liens | RSS  | Web Design fewStones