Portraits

Adelaide Russel: l'expatriation et la plûme

Rencontre à Paris avec Adélaïde Russell. La co-auteur de « conjoint expatrié » est à l’image de ses écrits : positive, énergique et tournée vers la relation. Elle nous raconte ses expatriations passées et futures, sa passion pour la psychologie, et sa très inspirante aventure éditoriale avec Gaëlle Goutain, sa partenaire d’écriture.

Pour Adélaïde, l’expérience de l’expatriation a commencé très tôt. Elle même enfant d’expatrié, elle a vécu pendant sa petite enfance en Afrique et s’est construite là une «identité et une sensibilité nomade» qu’elle a continué de nourrir quand, étudiante, elle consacre son mémoire de maîtrise de Psychologie au vécu de l’exil, puis au travers de ses multiples expatriations, avec son mari: en Ecosse, au Venezuela, en Malaisie et aux Etats Unis.

- Comment se sont présentées ces expériences à l’étranger?

- J’ai toujours eu le goût de l’international et mon mari qui travaille dans le secteur pétrolier a vocation à beaucoup voyager. Quand la première opportunité de partir en Ecosse s’est présentée, je n’ai pas hésité. Puis les expatriations se sont enchaînées. Nous terminons un séjour de 4 années en France et repartons à nouveau cet été aux Etats-Unis.

- Quel impact ces expatriations ont-elles eu sur votre activité professionnelle ?

- J’ai fait des études de psychologie avec une spécialisation en Psychologie clinique. A la fin de mes études, j’ai commencé par travailler dans le recrutement pour Air France. Quand j’ai fait le choix de suivre mon mari en Ecosse, j’ai quitté cet emploi qui m’intéressait mais qui ne correspondait pas à ce qui me passionne vraiment: la psychologie. Mon projet aujourd’hui est d’ailleurs de continuer mon parcours de psychologue clinicienne auprès d’expatriés, sans-doute au sein d’établissements scolaires francophones.

En expatriation, j’ai poursuivi ma vie professionnelle sous-tendue par mon identité de psychologue, en m‘adaptant aux divers contextes. Je me suis consacrée à des activités très variées qui sont nées, à chaque fois, des situations locales ou des rencontres que j’ai faites sur place. A El Tigre par exemple, au Venezuela, j’ai commencé à travailler dans un orphelinat puis j’ai mis en place des ateliers de développement personnel (estime de soi, gestion des conflits, communication) que j’ai ensuite animés dans différentes écoles. A Kuala Lumpur j’ai rencontré Marine, une assistante sociale française, avec qui nous avons créé un point écoute au Lycée Français: nous recevions dans le cadre de consultations des enfants qui traversaient des difficultés. A Princeton enfin, j’ai fait la connaissance de Gaëlle, journaliste de formation et professeur de FLE, qui a eu l’idée d’écrire ensemble un guide pour les familles expatriées, ce qui n’existait pas encore en français. Nous avons rédigé un premier livre «l’enfant expatrié», puis un second «le conjoint expatrié», qui vient de paraître.

- Comment s’est déroulée cette collaboration ?

- Elle s’est nourrie de nos expériences et de nos passions respectives. Nous avions envie de partager et de transmettre. Le fait d’écrire à deux est très stimulant, surtout lorsque l’on est, comme Gaëlle et moi, très complémentaires. Dans notre dernier ouvrage, Gaëlle s’est axée sur le recueil et la mise en valeur des témoignages des personnes concernées. De mon coté, j’ai davantage travaillé sur les parties théoriques.

- D’autres  personnes en expatriation peuvent être tentées de se lancer elles aussi dans un projet  d’écriture. Est-ce qu’il est difficile, quand on écrit un livre, de le faire publier?

- Ce n’est pas si difficile que cela. Il faut évidemment écrire le livre; ce qui demande ténacité et discipline. Mais les sujets sur lesquels nous avons travaillé étaient très stimulants. Ils nous ont fait rencontrer beaucoup de personnes qui par l’intérêt qu’elles nous ont témoigné, nous ont encouragé à poursuivre.

L’édition est une étape qui est venue après, une fois le livre terminé. Nous avons envoyé le produit déjà écrit à un certain nombre d’éditeurs, et nous avons reçu une réponse positive de L’Harmattan. C’est cette maison d’édition qui a publié nos deux ouvrages.

-Quel accueil a reçu votre dernier livre?

- Pour le moment, l’accueil est très positif. C’est curieusement le premier ouvrage qui soit consacré exclusivement à la situation du conjoint expatrié, qu’il s’agisse d’ailleurs d’une femme ou d’un homme. Nous sommes en pleine période de promotion de l’ouvrage et participons à diverses manifestations. A chaque fois, les échanges montrent que le sujet traité est important et qu’il aborde des aspects qui touchent les gens. En fait nous posons des mots avec apparemment un ton juste sur des situations qui n’ont pas été réellement décrites ni considérées jusqu'à présent. Cela fait du bien aux personnes concernées d’entendre cette compréhension de leur situation de conjoint expatrié, ce qui leur confère alors une reconnaissance implicite.

- Quels sont les éléments que vous abordez dans ce livre ?

- Nous avons voulu écrire un livre positif qui ait une vraie utilité pour ceux et celles qui vivent l’expatriation comme conjoint. Un livre qui aborde l’ensemble des aspects : ceux qui touchent à l’identité, l’incidence sur le couple et la vie affective, l’impact sur le plan professionnel. L’écho de nos deux témoignages et de ceux que nous avons interviewés montre que l’expatriation, abordée avec optimisme, peut ouvrir des opportunités variées et être une grande source d’enrichissement.

- Quels sont les conseils essentiels que vous donnez aux conjoints expatriés ?

- Celui de considérer l’expatriation comme un projet partagé au niveau du couple, dans lequel chacun doit pouvoir trouver des éléments de satisfactions. Il nous paraît essentiel que chacun prépare son expatriation et parte avec un projet, bien à lui, quel qu’il soit, et toujours en harmonie avec la vie de famille. C’est ce projet qui permettra d’être actif au moment de l’intégration et de traverser les inévitables moments de lassitude avec le maximum de résilience.

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Grégoire Tosser: l'expatriation en CDD

Quand l’opportunité d’un départ à l’étranger n’offre que la certitude d’un séjour de quelques mois, on peut être tenté de préférer le confort de la métropole à l’aventure de l’expatriation.«Erreur!» témoigne Grégoire.«L’expérience, quand elle est bien préparée, peut être vécue intensément. Pour nous elle est comme un rêve devenue réalité.»

Grégoire Tosser, 28 ans, rêvait  en effet depuis longtemps de vivre l’expérience de  l’expatriation.   Titulaire d’une formation en management de la presse écrite, Grégoire travaillait depuis 4 ans pour un Magazine en France. Son emploi n’emportait pas encore ce niveau de responsabilités qui vous font penser que les rêves sont seulement faits pour rêver, et c’était probablement le bon moment d’évoluer vers autre chose. Méthodique, il a, pendant 1 an, fait des recherches avec son compagnon ; oscillant tour à tour entre les charmes rassurants d’une expatriation en Europe et l’exotisme de l’Asie.

En définitive, c’est son compagnon qui a eu une opportunité : celle de réaliser une mission de 6 mois à Singapour pour le compte de son entreprise. Pour Grégoire, c’était désormais la promesse de partir, mais  aussi l’obligation de quitter son emploi en pariant sur la possibilité d’en trouver un sur place. « je l’ai fait sans état d’âme » indique l’intéressé « c’était un projet que nous avions muri et je savais, compte tenu de nos métiers respectifs, que mon compagnon avait plus de chances que moi d’être envoyé en mission à l’étranger ».

- Dans quel cadre êtes-vous venu à Singapour. ?

- « Je suis dans la même situation que toutes les personnes non mariées. Faute d’être éligible au dependent pass, j’ai bénéficié du work holiday pass ; un dispositif original qui permet aux jeunes de moins de 30 ans de séjourner pendant six mois à un an, au lieu des 3 mois réglementaires, dans le pays d’accueil ».

- A quelles difficultés avez-vous été confronté ?

« Les difficultés rencontrées l’ont été exclusivement sur le terrain de l’emploi. Dès mon arrivée, j’ai engagé mes recherches. Mais celles-ci n’ont débouché sur aucun résultat.  J’ai constaté qu’entre le quart et la moitié des annonces correspondant à mon profil étaient en fait réservées aux Singapouriens ou aux résidents permanents. Le contexte électoral local a sans doute eu un impact ».

- Dans quel secteur avez-vous recherché un emploi ?

«  Dans le cadre de ma précédente expérience, j’avais en fait deux « casquettes », l’une dans le domaine juridique, particulièrement dans tous les aspects attachés à la communication, l’autre  dans les Ressources Humaines. Le Droit, par définition, s’exporte mal. J’ai donc orienté mes recherches sur les Ressources Humaines. »

- la brièveté de votre séjour sur place a-t-elle été un handicap ?

«  L’idée n’était pas de trouver un emploi de courte durée, mais de se donner les moyens de nous installer durablement. Rapidement cependant, le terme de la mission avançant, il est devenu extrêmement difficile de faire des plans. Resterions-nous à Singapour ou reviendrions-nous en France ? Faut-il poursuivre les recherches sur place ou engager des démarches à Paris ?  Je ne peux plus faire de plans ni dans un sens ni dans l’autre tant que je ne sais pas si la mission de mon compagnon sera pérennisée ici ou pas. »

- Cette confrontation à la réalité correspondait-elle à ce qu’on vous avait dit ou à ce que vous aviez lu sur Singapour ?

« Non, il y avait en effet un décalage certain. J’avais beaucoup lu et surfé sur le net avant de partir. L’image qui ressortait était celle d’un marché de l’emploi dynamique, d’un taux de chômage très faible et d’une place très ouverte à l’international.  A l’arrivée, le contexte est plus difficile. »

- Comment avez vous vécu cette position particulière de « partenaire de l’expatriation »  ?

« J’ai du m’organiser.  J’ai besoin d’être actif et je craignais par dessus tout l’oisiveté.  A ce titre je me suis agréablement surpris  et j’ai découvert que j’avais une véritable capacité d’adaptation. Je ne suis pas resté inactif. J’ai profité du temps libre pour visiter et découvrir la ville, faire du sport, améliorer mon anglais, approfondir, par exemple, tout ce qui touche, dans le domaine juridique, à la common law. Au final j’ai le sentiment d’un vrai enrichissement ».

- Comment avez-vous perçu le regard des autres, celui de vos parents et amis, sur votre expatriation ?

« Globalement très positif : de la curiosité et parfois de l’envie. Mais avant tout, un précieux soutien dans notre projet depuis le début. J’ai démarré un blog privé,  dans le but de faire partager mon expérience à mes parents et amis.  Visiblement, ils apprécient de pouvoir suivre ainsi notre aventure, et de la vivre aussi, d’une certaine manière, par procuration. Ce blog, dans lequel je parle de ma vie au quotidien, est devenu un support par lequel je questionne mon nouvel environnement ; un outil pour échanger, mais aussi pour découvrir».

- Et si demain vous deviez rentrer à Paris ?

« C’est une hypothèse vraisemblable, même si je souhaiterais rester davantage. Si nous devions rentrer, je le ferais le cœur léger, avec le sentiment d’avoir vécu une belle aventure et d’être allé au bout de mon rêve ».

- Comment évaluez-vous ce que cette expérience vous aura apporté ?

« Beaucoup de choses ! La découverte de l’Asie où nous avons multiplié les voyages.  La découverte de mes qualités d’adaptation à un environnement différent.  La pratique de l’anglais, ... J’ai le sentiment d’avoir pris du recul, de l’épaisseur. »

- Cette expatriation  a-t-elle fait évoluer votre projet professionnel ?

«  Oui. Je ne me vois pas du tout reprendre l’emploi que j’avais avant de partir. Je ne sais pas encore comment j’aborderai la recherche d’un nouvel emploi en France. Je veux pour l’instant continuer de me projeter en Asie. Ce qui est certain, c’est que  cette expérience à l’étranger, même si elle devait ne pas se prolonger au delà de 6 mois, m’aura beaucoup enrichi et m’ouvre des perspectives nouvelles ».

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Tania Nasr, de l'anthropologie à la poterie

Anthropologue, Tania Nasr aurait pu, sa thèse de doctorat terminée, enchainer sur un parcours dans l’enseignement universitaire ou la recherche. Deux expatriations successives, en Chine puis à Singapour, en ont décidé autrement : Tania Nasr est aujourd’hui potier.Elle nous raconte son parcours inédit et le plaisir qu’elle ressent aujourd’hui à fabriquer des objets utilitaires avec ses mains.

 

Comment êtes vous devenue potier?

- Ce n’était pas ma vocation première. La poterie est en réalité une activité récente que j’ai démarrée à mon arrivée à Singapour en 2007. Auparavant, j’avais fait des études en Sciences humaines et consacré beaucoup de temps à la rédaction d’une thèse d’anthropologie.

Sur quel sujet ?

- Ma thèse portait sur la perception du paysage, sur le plateau de Millevaches, dans le Limousin; dans un contexte de conflits sociaux opposant les agriculteurs aux forestiers sur fond d’extension de la forêt. Lorsque l’on interroge les uns et les autres, on s’aperçoit que le spectacle qu’ils décrivent est profondément imprégné de leur métier et du conflit qu’ils vivent. En poussant l’analyse, on découvre que le paysage n’existe pas en tant que tel, mais qu’il est une reconstruction sociale.

Comment passe-t-on de l’anthropologie à la poterie ?

- J’ai terminé ma thèse alors que j’étais en Chine.Quand nous sommes arrivés à Singapour, j’ai d’abord été tentée d’entreprendre un « post doctorat »  à la National University of Singapore, mais le département des Sciences humaines n’y est pas très développé et il n’y avait pas de véritable opportunité. J’ai démarré la poterie, en parallèle à une activité bénévole au sein de l’association Aidha. Avec le temps, j’ai fini par me consacrer entièrement à cette nouvelle passion.

Passion ou métier ?

C’est l’un et l’autre. J’aime travailler de mes mains. Après des années de travail essentiellement intellectuel, c’est un vrai bonheur de façonner des objets, et la poterie est une expérience sans cesse renouvelée où on joue avec les formes, les matières, les couleurs et où l’on est souvent surprise. La poterie c’est la terre et le feu.  La cuisson des objets relève d’une véritable alchimie. Il y a dans ce que j’ai fait des choses ratées que je me suis mise à aimer et d’autres plus classiques qui se sont avérées décevantes.  On apprend progressivement et rien n’est jamais acquis.

C’est aussi un métier, car je fais de la poterie dans le dessein de vendre ma production. C’est d’ailleurs dans cette perspective que je me suis lancée. Parce que vivant en expatriation, il me semblait important de construire une activité durable et portable ; une activité que je pourrai emporter avec moi d’un pays à l’autre et qui sera aussi potentiellement un ancrage lors de mon retour en France, qu’il s’agisse de faire de la poterie à proprement parler ou de travailler « avec la poterie », par exemple en animant des ateliers pour les enfants…

Quels types de poteries réalisez-vous ?

Je fais surtout des objets utilitaires : plats, assiettes, …. J’aime imaginer que les objets que je fabrique ont une utilité et que les personnes qui les achètent les utiliseront dans leur vie quotidienne.

Comment peut-on apprendre la poterie à Singapour ?

La poterie n’est pas très répandue à Singapour. L’apprentissage se fait directement chez les quelques artisans potiers qui exercent localement. Cela prend la forme d’un compagnonnage. L’avantage de la poterie, c’est que l’on progresse assez vite. J’ai rapidement organisé mon atelier chez moi, en utilisant la cour pour y installer mon tour. Pour la cuisson, j’utilise soit le four d’autres artisans, soit les installations des community centers.

Quel a été le regard des autres sur votre projet?

Au début j’ai été discrète. En avançant, Je me suis aperçue que ma démarche n’était pas si étrange. Beaucoup de femmes ayant fait de longues études ont, à un moment, arrêté ce qu’elles faisaient et se sont lancées dans une activité artistique. Quand j’ai contacté mon directeur de thèse je pensais qu’il allait me reprocher d’avoir laissé tomber l’anthropologie après y avoir consacré tant d’efforts. Au contraire, il a été très intéressé, car la poterie n’est-elle pas finalement une manière de prolonger l’étude par l’immersion dans un métier multiséculaire.

Lorsqu’on est dans la position de celle qui accompagne, on est peu ou prou affectée par le syndrome de « la femme de », plus difficile à vivre, paradoxalement, à mesure que les expériences d’expatriation se multiplient. C’est pourquoi il est important de se reconstruire une identité au travers d’engagements ou d’activités, quitte à changer d’orientation et à se réinventer. C’est assez magique. Lorsqu’on a le sentiment que tout est difficile et contraignant, il suffit de renverser le problème et d’envisager l’expatriation comme une chance pour faire autre chose. A partir de ce moment, on réalise que les opportunités sont nombreuses; même si elles le sont davantage dans certains pays, tels Singapour, que dans d’autres comme la Chine, ne serait-ce que pour des raisons linguistiques. La difficulté pour les femmes en expatriation, c’est aussi l’incertitude. On ne sait jamais combien de temps on va rester dans un pays. C’est pourquoi il faut faire des choix, très vite. Si on ne s’engage pas suffisamment rapidement dans une activité, on ne sait bientôt plus si on a même encore le temps de commencer. Dans l’idéal, il faudrait avoir pensé son projet avant l’expatriation pour le mettre en œuvre dès l’arrivée.

La clé de la reconnaissance finalement c’est de vendre. Lorsque quelqu’un achète vos produits, c’est qu’il reconnaît ce que vous faites et en apprécie la valeur.  Cela donne de l’énergie pour aller de l’avant.

Comment fait-on à Singapour pour promouvoir son travail?

Je tiens un blog dans lequel je montre mes créations. Par ailleurs, j’ai créé une société (une sole proprietorship) ; ce qui me permet de participer à des foires (fairs ) ou à des open houses pour vendre mes produits. La difficulté à Singapour est que, compte tenu du très faible nombre de potiers (5 ou 6), il n’existe aucune infrastructure pour mettre en valeur le métier. Les foires (fairs) ont le mérite d’exister mais elles sont très hétéroclites et ne permettent pas vraiment aux artisans de trouver leur public. Il faudrait créer des événements qui soient spécifiquement dédiés à l’artisanat.

 

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Les obsessions créatrices de Florence Notte

Florence Notte présentait récemment à Singapour son dernier ouvrage, "Minimalism": une série de photographies inspirées de haïkus japonais; une flânerie méditative où l’artiste propose son regard comme un écrin à nos propres émotions. Non conventionnelle, généreuse et exigeante, Florence Notte aime d’ailleurs à brouiller les pistes: le sujet? il importe peu, ce qui compte ce sont les lignes, les couleurs et le souvenir qui surgit. L’Asie? Elle éprouve pour le Japon une familiarité troublante. Son travail de photographe? Des obsessions créatrices d’où jaillissent des instants. Ineffables réalités qu’elle saisit dans leur nudité: traces du temps sur les êtres et les choses, reflets sur une vitre, une flaque d’eau, un rouleau de plastique...

Florence Notte par Anita Vozza"Minimalism" s’ouvre sur le détail d’une goutte d’eau ondulant sur un plan d’eau. Les couleurs sont celles d’un tableau d’Hokkusai.Des herbes affleurent qui ressemblent à une calligraphie.S’agit-il d’une peinture, d’un morceau d’écriture ou d’une photographie ? Florence Notte apprécie ces incertitudes troublantes. L’image est épurée, le détail unique. L’instant surpris est tout entier offert à la personne qui le regarde, comme un support à ses pensées et le prétexte à sa méditation. L’ouvrage est né par hasard, de la rencontre d’un Haiku, ces petits poèmes japonais, que lui a fait découvrir un jour son mari. Cette découverte a entraîné la lecture de beaucoup d’autres. L’idée d’une série a germé : celle de proposer, en écho aux haïkus, une série de photographies. Dans son apparente simplicité, "Minimalism" est à l’image de son auteur,une œuvre sans affèterie et généreuse, fruit d’un travail exigeant réalisé dans la durée.

Florence Notte fait de la photographie depuis de longues années. Enseignante pendant longtemps, mère de 3 enfants, elle s’est tournée vers la photographie, d’abord comme une passion, puis comme la possibilité d’une seconde carrière. Elle a démarré cette activité en France puis, à partir de 2007, l’a poursuivie à Singapour. L’expatriation a t-elle été un tremplin ? «Pas vraiment !» répond-elle «Dans la mesure où j’avais déjà exposé à plusieurs reprises à Paris. Mais le contexte de l’étranger, celui de Singapour en particulier, a sans doute été un facilitateur. Tout y est possible. On peut travailler dans plusieurs directions sans que cela soit perçu comme dévalorisant. On n’est pas obligé d’être connu: n’importe qui, à condition de présenter un dossier de qualité, peut trouver le support d’entreprises ou de galleristes. Enfin, il y a énormément d’opportunités, même si les Singapouriens, qui souvent considèrent l’Art comme un investissement, sont encore peu intéressés par la photographie».

Le sujet importe peu et peu importe qu’il soit beau

Profondément inspirée par la peinture, Florence Notte s’attarde sur les détails. «Peu importe que le sujet soit beau ou non. Qu’importe même le sujet. Ce qui compte c’est l’émotion. J’ai beaucoup de goût pour l’abstrait, quand le sujet disparaît ou devient méconnaissable et que ne subsistent que les lignes, la lumière et les couleurs. La photographie, c’est vraiment l’art de jouer avec la lumière. Les couleurs racontent une histoire.» …«La photo doit être le reflet d’un moment: le sourire d’une jeune fille, la goutte d’eau sur le lac. Une réalité instantanée qui fait que le moment saisi est unique, privilégié. La photo est comme le réceptacle d’un moment, d’un cadeau offert par l’instant». 

Une troublante familiarité à l’égard du Japon

Avec Minimalism, Florence Notte s’immerge dans la culture Japonaise. Un pays et une culture pour lesquels elle ressent un attachement d’autant plus étonnant qu’elle n’y a jamais vécu et que l’Asie au sens large ne constitue pas une source d’inspiration privilégiée. Du Japon, elle aime la dualité : «la coexistence des temps anciens et d’une jeunesse débridée. Un mélange de grouillement et de sérénité, d’arrêt sur image». Elle a eu un véritable coup de foudre pour cette poésie minimaliste des haïkus et a éprouvé un grand bonheur à travailler à partir de cette matière littéraire.

Deux obsessions : passage du temps et reflets

«Quand je travaille, j’oublie tout. Je voudrais, dans un monde idéal, que rien ne vienne rompre le cours de mon inspiration». Florence Notte, vit la photographie à temps plein, au point d’en rêver la nuit. Ce qu’elle aime faire, ce n’est pas une  ou plusieurs photographies, mais des séries : s’immerger durablement dans un travail, où elle décline une idée ou une image jusqu’à l’obsession. Le déclic initial peut être insignifiant. Dans un travail sur la dégradation urbaine, c’est une affiche déchirée qui lui a fait songer à «l’homme qui marche» de Giacometti. «Ce n’est pas possible de travailler autrement. Quand je pars le mâtin, ce doit être avec une intention monomaniaque ; celle par exemple de ne photographier que des rideaux de magasin.»

Dans ses pérégrinations de photographe,Florence Notte peut compter sur deux grandes sources d’obsession créatrice.

La première tient au temps qui passe et à la trace qu’il laisse sur les êtres et les choses. Cette trace la touche profondément, sans doute parce qu’elle est empreinte de nostalgie et fait écho à ses propres réflexions sur la jeunesse qui passe, la vieillesse... Dans «Regards croisés», elle s’attardait sur les traces de rouille. «chaque être est à la fois victime et fort de son passé» dit-elle. «C’est la marque du temps qui suggère le passage des hommes et qui, sortant les objets de leur contexte, leur ôtant toute fonctionnalité, les réduit à un détail esthétique qui les magnifie».

La seconde est l’attention au reflet. Morcelé, cassé, le reflet offre une reconstruction du réel. Dans «Urban reflects», elle laissait ainsi miroiter les images,à la manière d’un David Hockney : mise en abyme d’un paysage ou d’une tranche de vie dans le cadre d’une fenêtre, reflets d’un instant fugace saisi, hors champ, avec la complicité d’une façade.Des images en forme de kaleidoscope, où l’œil ne cherche plus à reconnaître et se laisse bercer. Une invitation, encore, à la rêverie poétique, loin du Japon, toujours simple et sereine.

► Voir le site de Florence Notte - / Crédit photo: Anita Vozza

 

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Emilien, jeune diplômé à la recherche d’un emploi à Singapour

Emilien fait partie de ses jeunes diplômés qui, épris d’international et n’appréciant guère la facilité, vont tenter leur chance à l’étranger. Portrait d’un jeune déterminé, arrivé à Singapour, son CV en poche il y a 3 mois , qui aimerait trouver un emploi sur place dans le domaine de la vente ou du Business Development.

Diplômé de l’ISG, Emilien a fait son stage de fin d’études chez Veolia environnement puis enchaîné, dans la même entreprise, comme commercial dans le secteur des énergies renouvelables. Mais  à 24 ans, il a le sentiment que les choses se passent ailleurs, particulièrement en Asie.

Emilien aurait pu rester en France. Il y avait de nombreux contacts et s’est vu proposer plusieurs opportunités. Mais l’attrait de l’Asie est trop fort. Emilien a l’intuition que, quand bien même il ne s’y installerait pas de manière définitive, le fait de connaître la région, d’en apprendre l’une des langues (pourquoi pas le Chinois) et d’en comprendre les manières de travailler, constituera un précieux viatique tout au long de la carrière qu’il entreprend.

Alors il n’hésite pas. Il fait le choix de s’installer pendant 3 mois à Singapour  pour y mener, sur place , sa recherche d’emploi tambour battant.  Supporté dès l’arrivée par le réseau des anciens de l’ISG,  soutenu par la chambre de commerce et par les services d’Ubifrance, il multiplie les contacts et les interviews.
Mais il est rapidement confronté à une réalité : le marché de l’emploi local ne lui est pas grand ouvert. Les barrières, à commencer par celle du visa, sont nombreuses, les salaires proposés parfois trop bas pour envisager s’installer ,et son manque d’expérience dans la région une objection régulière.

Emilien reste optimiste. Il a été très favorablement impressionné par la qualité de l’accueil des expatriés,  qui lui ont souvent ouvert leur carnet d’adresse.  Il continue d’explorer la piste du VIE (Volontariat International Entreprise) et cible désormais de manière privilégiée les entreprises occidentales.

Avis aux entreprises qui souhaiteraient renforcer leurs équipes à Singapour et stimuler leur développement commercial, Emilien est encore dans la cité Etat pendant 1 mois et peut être contacté à l’adresse suivante : emilienhindre@hotmail.com .

 

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Brenda Reimers, photographe des sens

Artiste balinaise installée aux Pays bas, Brenda Reimers exposait ses oeuvres à l'occasion de la Singapore Art Fair du 9 au 11 Octobre. Photographe des sens, elle a créé pour son modèle des bijoux naturels et coiffes végétales, dont les ingrédients symbolisent les cuisines des différents pays.

Portraits éclaboussés de lumière sur fond noir, les photographies de Brenda Reimers sont comme une invite joyeuse aux voyages. De l'Argentine à la Chine, en passant par la Belgique et le Danemark, on se régale des créations fascétieuses de cette cuisinère-costumière-photographe, dont on apprécie autant l'inspiration que la maitrise technique.

► Voir toute la galerie de photos "culinary jewels": www.photoworks.nl

 

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Natalia Tsagris : « le VIA, un tremplin pour faire carrière dans la Culture ».

Aux littéraires qui rêvent de grands horizons, le parcours de Natalia Tsagris a de quoi mettre du baume au cœur. Après des études littéraires, elle s’est un instant demandé s’il était encore suffisant d’« avoir des lettres » pour trouver un métier. C’est pourtant en faisant ce qu’elle aime qu’elle a construit les premières étapes de sa carrière: d’Athènes à Singapour en passant par Paris, elle s’est en quelques années frayé un passage prometteur dans le monde de la Culture. Elle nous parle ici de son parcours, de son expérience à Singapour et de l’intérêt du VIA (Volontariat International Administration) pour ceux et celles qui veulent s’ouvrir à l’international en dehors du champs classique de l’entreprise.

Un détour par Athènes,puis l’Institut des Langues Orientales

Bonne élève, Natalia a fait après son Bac ce que font les forts en thèmes dans les matières littéraires : Hypokhâgne et Khâgne, puis une licence de Lettres à la Sorbonne. Avant de poursuivre, elle a décidé de faire un break et est partie un an en Grèce. « J’avais dans l’idée de m’inscrire à l’INALCO, dans un cursus mêlant la maîtrise d’une langue orientale aux Relations Internationales. J’avais envie d’approfondir le Grec, qui est la langue de mon père, et d’en acquérir une pratique courante » indique l’intéressée, qui profitera aussi de son séjour sur place pour réaliser un stage à l’Institut Français d’Athènes.

De retour à Paris, Natalia s’inscrit au Mastère Relations Internationales proposé par les Langues O. Une ruche multiculturelle, où Natalia côtoie d’autres étudiants spécialistes de langues orientales. Un programme très complet ouvrant aux impétrants des débouchés dans des environnements très variés: Administration, ONG, relations extérieures des Grandes Ecoles, organisations et organismes internationaux, ou entreprises.

Culture France à Paris

Pendant son mastère, Natalia réalise 2 stages au sein de Culturesfrance l’opérateur du Ministère des Affaires Etrangères pour assurer la promotion de la Culture Française à l’Etranger. Elle obtient dans la foulée un contrat de 8 mois dans le contexte de la saison culturelle européenne organisée à l’occasion de la présidence Française de l’Union Européenne.

Au programme, 27 auteurs dramatiques contemporains, chacun issu d’un des pays de l’Union, qui verront leur pièce de théâtre traduite, publiée et lue sur scène dans trois lieux en France: le festival d’Avignon, le théâtre de l’Odéon et le festival « la Mousson d’Eté » à Pont à Mousson. Natalia est chef de projet, elle a pour mission de coordonner l’ensemble des opérations en relation avec les auteurs, les éditeurs, les responsables du théâtre de l’odéon et du festival d’Avignon, partenaires du projet. Un vrai challenge pour une débutante, qui doit tout à la fois apprendre le monde de l’édition, identifier les acteurs politiques et culturels et leurs modes de fonctionnement, et faire avancer son projet en tenant compte des sensibilités de chacun.

« Démarrer d’emblée avec un projet de cette envergure était en effet impressionnant. J’étais là au bon moment : le projet démarrait et il fallait quelqu’un pour s’en occuper. Au final, les choses se sont passées assez naturellement. J’ai beaucoup appris et j’ai surtout eu l’opportunité d’évoluer dans un univers passionnant ».

Le Service culturel de l’ambassade de France à Singapour

Depuis le 1er Janvier 2009, Natalia travaille au service culturel de l’Ambassade de France à Singapour. Comment est–elle arrivée à Singapour? « Par hasard, dit-elle.Je n’étais pas particulièrement habitée d’une envie d’Asie ni même d’expatriation au sens large. J’avais déposé mon CV sur CIVIWEB, qui recense les opportunités de missions VIE-VIA. J’ai repéré un jour une offre de VIA, au sein du Service Culturel de l’Ambassade de France à Singapour. Le contenu correspondait à ce que j’avais envie de faire. J’ai adressé un dossier de candidature et j’ai eu la bonne surprise d’être retenue. »

Attachée linguistique et reportant à ce titre au Conseiller Culturel, Natalia Tsagris est chargée de tout ce qui touche directement ou indirectement à la promotion du Français et de son enseignement : enseignement du Français, Livre, Francophonie, formation des professeurs. Elle coordonne la mise en œuvre dans la région de séminaires accueillant des diplomates de l’ASEAN qui y trouvent l’occasion d’approfondir certaines thématiques générales en utilisant le français comme langue de travail. Elle est aussi impliquée dans l’organisation de la première édition des Jeux Olympiques de la Jeunesse : « un événement unique et une grande première pour les organisateurs ; un cadre dans lequel le Français, langue olympique, occupe une place privilégiée et pour lequel il a fallu trouver des traducteurs et interprètes et des bénévoles pour accueillir les sportifs, les visiteurs et les délégations

Quel regard porte-t-elle sur cette expérience ? « l’avantage d’être à Singapour, c’est qu’on vous y confie des missions en toute autonomie, dont on ne vous aurait proposé que des parties dans des pays plus grands. Singapour est aussi un terrain d’expérimentation passionnant. Il y a, à Singapour, 14000 personnes qui apprennent le Français. On constate que la France continue d’exercer un fort attrait sur le plan culturel et la demande de Singapour dans ce domaine est forte. Ce que je trouve personnellement passionnant c’est d’observer comment un pays, qui a réussi d’abord sur le terrain économique, est capable de mobiliser ses compétences et ressources au service d’une ambition qui est aujourd’hui culturelle. Le développement de la Culture est un enjeu important pour Singapour. Il s’est traduit par l’investissement dans des infrastructures remarquables. Il se concrétise par la floraison de festivals et l’invitation de nombreux artistes. On sent bien que ce développement prendra du temps pour véritablement s’enraciner et se densifier, mais on ne peut être que fasciné par la vision et la formidable énergie mise en œuvre ».

Regards sur le VIA

Natalia considère que la formule du VIA, Volontariat International Administration est une vraie opportunité et une excellente alternative au VIE ( Volontariat International Entreprise) pour ceux et celles qui comme elle sont intéressés par des carrières ou des expériences en dehors du champ classique de l’entreprise. L’Ambassade de France accueille actuellement 7 VIA, au sein du service culturel et scientifique et la mission économique. Dans d’autres pays, des VIA sont régulièrement recrutés pour le lancement et l’animation d’alliances françaises. Chaque fois, faire un VIA est non seulement l’opportunité de partir à l’Etranger mais aussi de se voir confier des missions dans un environnement – l’Administration - qu’il est extrêmement intéressant de découvrir de l’intérieur. Le contrat de Natalia est de 2 ans : le temps d’acquérir une expérience sérieuse dans un contexte qui est souvent plus ouvert qu’en France; le temps aussi de découvrir de l’intérieur la culture du pays et de vivre une expérience à l’étranger à maints égards passionnante.

Au terme de son séjour à Singapour, Natalia ne sait pas encore ce qu’elle fera. Probablement rentrera-t-elle en France pour consolider son expérience et ancrer son parcours dans la métropole. Elle y recherchera un emploi qui restera en relation avec l’International. Peut-être repartira-t-elle ensuite à l’Etranger. Dans tous les cas, le passage à Singapour restera une expérience déterminante et particulièrement stimulante.

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Une cave dans votre valise: cavissima!

On croyait la constitution d’une cave réservée à une élite d’amateurs éclairés, suffisamment chanceux pour posséder une cave, assez sédentaires pour rester vivre à coté. Avec le concept de cave en ligne, Cavissima réinvente notre relation au vin et met désormais ce projet à portée d’un click. Une grande nouvelle pour les expatriés qui y verront la possibilité de conserver les vins qu’ils possédaient avant de partir, de profiter du séjour à l’étranger pour faire croître et embellir leur cave à distance, de trouver enfin à leur retour, une cave bien remplie, cadeau de retour bienvenu quand s’achève l’expatriation.Entretien avec Thierry Godet, créateur de Cavissima, qui nous présente ce nouveau concept et nous parle de son parcours d’entrepreneur.

 

 

 

Comment fonctionne Cavissima ?

Cavissima est un site internet qui permet de se constituer une cave à distance. Le principe est simple: les personnes créent une cave en ligne. Elles prédéterminent le budget mensuel qu’elles veulent consacrer à cette activité. Nous les aidons à choisir les vins qui correspondent à leur goût et à leur projet. Nous conservons ces vins dans nos caves. Les personnes peuvent ensuite en jouir quand elles le souhaitent.

 

A qui cette cave en ligne est-elle destinée ?

A tous. J’ai constaté que beaucoup de personnes aiment le concept de cave, mais ne savent pas nécessairement par où commencer. Avec Cavissima, elles peuvent bénéficier d’un très large choix de vins français et surtout s’appuyer sur les conseils de John Euvrard, l’un des tout meilleurs sommeliers de France. Par ailleurs, il y a aussi tous ceux et celles qui, amoureux du vin, ne peuvent le stocker chez eux. A travers le site, ils peuvent désormais avoir une cave, certes virtuelle, mais qu’ils peuvent visiter quand ils le souhaitent, où ils peuvent inviter leurs amis, et bien sûr où ils peuvent prendre des bouteilles, cette fois bien réelles, et prendre du plaisir en les dégustant.

Vous avez, semble-t-il, particulièrement pensé aux expatriés.

En effet. J’ai vécu moi-même à plusieurs reprises en expatriation, à Prague, à New York et plus récemment à Singapour. J’ai beaucoup pensé aux expatriés en développant Cavissima. Lorsqu’on part à l’étranger et qu’on est amené à déménager régulièrement, il est difficile d’emporter ses vins et encore plus compliqué de se construire une cave. C’est assez frustrant. D’autant plus que les périodes d’expatriation peuvent être longues.L’idée, avec Cavissima est que vous pouvez utiliser le temps du séjour à l’étranger pour vous constituer tranquillement une cave qui sera comme un cadeau qui vous attend à votre retour.

Quel accueil recevez-vous à la fois des particuliers et des gens de la profession ?

Nous avons à ce stade des retours très intéressants. Le site est encore récent, puisqu’il a été mis en ligne en Janvier dernier. Déjà, de très nombreuses personnes ont été séduites, en France comme à l’étranger, et ont ouvert leur cave en ligne. Chez les professionnels, nous avons reçu un excellent accueil, car les intéressés ont perçu que notre démarche était conduite par la passion du vin et le désir de promouvoir les terroirs et le métier de vigneron. Ceux qui travaillent la vigne et le vin, le font souvent avec passion et le désir d’élever des vins qui procureront du plaisir à ceux qui les boiront. Nous sommes mûs par le même désir : faire en sorte que les gens aient du plaisir à déguster des vins de qualité.

Lorsqu’on découvre le site Cavissima on est impressionné par le coté ludique et pédagogique. C’est une intention voulue ?

Merci pour cette remarque. En effet, notre intention était de faire un site agréable dont la visite soit elle-même un moment de plaisir. C’est pourquoi nous avons mis l’accent sur le graphisme : pour que les personnes aient vraiment une impression visuelle de leur cave, qu’ils puissent sortir les bouteilles et regarder les étiquettes. Nous avons aussi beaucoup travaillé sur la présentation des vins. Pour celui ou celle qui veut mieux connaître les vins, le site offre vraiment la possibilité de se familiariser avec les terroirs, les cépages, les procédés de vinification et les millésimes. Dans ce sens, notre approche est aussi pédagogique. Nous apportons aussi énormément de soin à la sélection des vins que nous présentons. La collaboration de John Euvrard est à ce titre essentielle, qui partage ainsi sa passion et son expérience, fait des commentaires et des suggestions très utiles pour guider les choix. Enfin, nous pensons que le plaisir du vin est quelque chose que l’on aime partager, au moment de la dégustation mais aussi au travers des échanges variés que l’on peut avoir autour du vin. Sur Cavissima, les propriétaires de caves peuvent la faire visiter à leurs amis. Le site est d’ailleurs un peu conçu comme un réseau social autour du vin. Cette dimension est encore renforcée depuis que le site est interfacé avec Facebook. Désormais vous pouvez inviter vos amis sur Facebook. Vos amis peuvent créer leur propre cave, vous faire gagner des bouteilles ou vous en offrir.

Vous avez lancé le site Cavissima au retour d’une expatriation. Comment cela s’est-il passé ?

En effet, j’ai eu au retour de ma dernière expatriation l’envie de faire autre chose, de « créer » quelque chose et de voler de mes propres ailes. En faisant le tour de mes motivations, j’ai réalisé que ce que j’aimais, c’étaient le vin, les voyages, l’étranger. Mon expérience d’expatrié m’avait montré qu’il y avait un besoin dans ce domaine du vin. J’ai creusé l’idée pour tenter de trouver la meilleure façon de le satisfaire.

En quoi le fait d’avoir été expatrié a t-il favorisé votre parcours d’entrepreneur ?

L’idée elle-même est liée à cette expérience de l’étranger. Au delà, je pense que l’expatriation est une formidable école pour apprendre l’autonomie et la passion d’entreprendre. Cela m’a sans doute aidé à franchir le pas, passant de la grande entreprise à l’aventure de la création.

Précisément, quel retour d’expérience faites-vous sur cette aventure de la création?

J’ai beaucoup bénéficié des structures de support à la création qui existent en France et en particulier du Réseau Entreprendre, très dynamique dans la région lyonnaise. Ce réseau, créé à l’initiative de la famille Mulliez pour aider les jeunes entreprises à devenir in-fine créatrice d’emplois, s’est révélé extrêmement précieux. J’ai aussi fait entrer dans le capital des partenaires qui ne sont pas des actionnaires dormants mais qui font vraiment bénéficier Cavissima de leur expérience.

Ce nouveau métier est passionnant mais aussi très exigeant. Il y a beaucoup de processus à mettre en place, à valider et à développer. Aujourd’hui, je crois pouvoir dire que les fondamentaux sont en place et de très bon niveau: un sommelier de renom, une excellente base logistique, un très bon outil internet. Nous avons apparemment fait les bons choix. Nous y avons beaucoup travaillé mais cela permet de regarder l’avenir avec sérénité. Mon travail est actuellement dominé par les aspects commerciaux et marketing. J’étais récemment à Shanghai pour une dégustation de vin en compagnie de mon partenaire local. Nous avons l’ambition de généraliser cette démarche et je devrais dans l’avenir aller régulièrement, en dehors de la France, à la rencontre des expatriés. C’est plutôt une perspective agréable, partager autour de produits de grande qualité et donner aux personnes présentes la possibilité de prolonger ce plaisir avec Cavissima.

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Portrait d'entrepreneur en Asie: Emmanuel Roger.

L’aventure de l’expatriation n’est pas réservée aux grandes sociétés. Pour Qosmos, une jeune entreprise française dans le secteur des hautes technologies, l’idée d’ouvrir un bureau régional à Singapour s’est rapidement imposée. Mais sa mise en œuvre pratique n’a été possible que parce que l’entreprise a pu d’emblée s’appuyer sur des hommes qui connaissaient bien l’activité et étaient ouverts à l’aventure de l’étranger. Emmanuel Roger VP Sales Asie Pacifique, a ouvert le bureau régional de Qosmos à Singapour en Septembre 2009. Il nous parle de ce que cette étape représente pour Qosmos, des avantages et difficultés d’une implantation sur place et de la fabuleuse expérience que cela représente pour ceux qui la vivent.  

 

Emmanuel Roger nous accueille dans son bureau, situé sur Beach Road. De la fenêtre de son bureau on a vue sur le Singapore flyer et sur la marina. Un bureau sobre qu’Emmanuel partage avec un collègue responsable technique, arrivé de France en même temps que lui. Une vue ouverte sur l'horizon, qui dit l’ambition de Qosmos à Singapour et dans la région.

- Quelles sont les activités de Qosmos ? 

- Qosmos fournit une technologie d'Intelligence Réseau. Cette technologie identifie et extrait en temps réel les informations qui transitent sur les réseaux IP et offre ainsi une visibilité sur les activités qui s'y déroulent. Le traitement des informations recueillies permet d’améliorer la sécurité et d’optimiser la monétisation et les performances des applications et services. Les kits de développement logiciel et les sondes IP de Qosmos sont intégrés au sein de solutions pour lesquelles la visibilité du trafic en temps-réel est critique. C’est le cas, par exemple, en matière de cyber sécurité, d’interception légale, d’optimisation de trafic, de facturation au contenu, de service assurance, de mesure d’audience, etc.

- Comment l’entreprise s’est-elle développée depuis sa création ?

- Qosmos est une jeune entreprise. Elle a été créée en 2000 par 2 jeunes universitaires. Elle est soutenue par plusieurs sociétés de capital risque et a connu depuis sa création une forte croissance. La société compte aujourd’hui une cinquantaine d’employés et a réalisé en 2009 un Chiffre d’affaires de plus de 7 Millions d’Euros ce qui représente une croissance de 50%. Les perspectives sur l’année 2010 sont encore meilleures.

- Qu’est-ce qui a motivé l’ouverture d’un bureau régional en Asie ?

- J’ai rejoint la société Qosmos en 2007 pour prendre en charge l’ensemble des activités commerciales internationales et le business development. Le développement des affaires en Amérique du Nord et en Asie nous a rapidement conduit à repenser notre organisation. Il devenait difficile d’adresser un marché aussi large depuis Paris. J’ai donc poussé à la création de deux bureaux régionaux, l’un aux Etats Unis, le second à Singapour, avec la proposition de me concentrer, dans cette nouvelle organisation, sur la seule région Asie Pacifique. Cette initiative s’inscrivait assez naturellement dans la stratégie de la société de créer une micro-multinationale et je dois dire que c’est l’avantage d’une PME que de savoir exploiter rapidement les opportunités. Il y avait un besoin et les personnes clés pour mettre en œuvre le projet étaient prêtes à partir. La décision a été prise de créer ces deux bureaux régionaux et la mise en œuvre est allée bon train.

- Avec, en ce qui vous concerne, une installation en Septembre 2009 à Singapour ?

- En effet, les choses sont allées très vite. Nous avons à peine eu le temps de gérer la situation sur le plan personnel, puisqu’il s’est à peine écoulé 3 mois entre la décision d’investir et le déménagement, en famille, à Singapour. Quand je suis arrivé sur place, tout était à inventer. Je n’avais même pas de bureau et ma première activité a été d’en rechercher un et de le meubler.

- Qu’est-ce qui a fait porter le choix sur Singapour ?

- Lorsqu’on s’implante en Asie, l’alternative classique est entre Hong Kong et Singapour. Hong Kong est d’abord une porte sur la Chine et, pour une PME comme la nôtre, la Chine est un pays trop complexe sur le plan des affaires pour qu’on s’y aventure. Singapour a l’avantage de concentrer le tiers des sièges sociaux des multinationales installées dans la Région et a des infrastructures efficaces et de qualité. C’est une bonne base de départ. Lorsqu’on est une petite entreprise, dont les ressources sont par définition limitées, il faut savoir choisir ses batailles afin de mettre en œuvre une stratégie commerciale efficace et réaliste. En ce qui nous concerne nous avons choisi de nous concentrer sur Singapour ou nous avions déjà un client stratégique historique. Nous avons également un fort niveau d’activité en Corée et au Japon ainsi qu’en Australie. Le reste est affaire d’opportunités : nous avons récemment signé un important contrat au Vietnam, nous avons un partenaire en Inde...

- Concrètement, comment s’est déroulé le démarrage de cette filiale en Asie ?

- Nous avions déjà créé, à partir de Paris, un portefeuille de clients et prospects sur lequel nous avons pu capitaliser. Le fait d’être sur place nous a donné l’opportunité d’intensifier nos échanges. Cela permet d’être plus crédible et de renforcer les liens avec le marché. On est plus facilement au courant de ce qui se passe, on est capable de réagir aux opportunités de mise en relation.

Le démarrage d’une filiale traverse plusieurs phases. Au début, c’est rapidement l’euphorie, on identifie de nombreux leads et prospects que l’on n’aurait pas repérés si l’on était resté en France. Malheureusement cette période ne dure pas. Une phase de retour à la réalité lui succède: les premiers contacts s’émoussent, les délais se rallongent... Enfin vient la phase de maturité et de retour à la croissance. La période de démarrage constitue par conséquent un moment très délicat et éprouvant pour le moral. C’est important, me semble-t-il, d’avoir de l’expérience ; cela permet de gérer les obstacles avec résilience. Il est tout aussi essentiel d’être deux, pour couvrir l’ensemble des besoins commerciaux et techniques d’une manière autonome, mais aussi pour échanger et se motiver.

- Qu’est-ce que le fait d’être sur place vous a concrètement permis de faire mieux ?

- Je crois que l’un des éléments essentiels, dans une optique de développement d’affaires à moyen terme, est de pouvoir construire un réseau de partenaires apporteurs d’affaires de très bon niveau, capable d’ouvrir rapidement des contacts au niveau des PDG de sociétés cibles. Ensuite, la partie "suivi" de la relation ne peut être faite que par Qosmos de part notre métier très spécialisé intégrant une forte composante technique. Différents services des Ambassades de France dans les pays, ainsi qu’Ubifrance nous ont également bien aidés. Ces réseaux, essentiels en Asie, se construisent patiemment. On tombe rarement sur une personne qui vous mette directement en contact avec une opportunité d’affaires, il faut souvent deux voire trois contacts successifs.

- En quoi le fait de travailler pour une PME change t-il les perspectives ?

- Si il ne change pas les perspectives de manière radicale, le fait de travailler pour une PME renforce le contexte d’incertitude et l’obligation absolue de concilier les exigences du court terme et du moyen terme. Pour une entreprise comme la nôtre, la présence d’investisseurs dans le capital, induit des objectifs de croissance très ambitieux. Pour Qosmos, il s’agit d’une croissance du CA comprise chaque année entre 50 et 80% . Cela laisse peu de place au moyen terme. Clairement, l’investissement en Asie, comme aux Etats Unis, s’inscrit dans une perspective de moyen terme. Encore faut-il entretenir la confiance du management à Paris et que le volume global des affaires, soutenu par les pays matures, permette de donner du temps aux segments qui démarrent.

Dans notre métier, ce qui rend les choses compliquées, c’est que les délais d’approches sont souvent longs - jusqu’à 24 mois-, et que chaque affaire représente un pourcentage très important de l’activité. La réussite de l’année tient souvent à un contrat. Quand on le remporte, tout va bien. On se donne de la crédibilité vis à vis du siège et du temps pour investir sur le moyen terme. Quand ce contrat fait défaut, c’est évidemment beaucoup plus difficile. Il faut alors se remettre en question et trouver de nouveaux relais de croissance.

- Et sur le plan personnel ?

- Cela veut dire toujours beaucoup d’incertitude. Mais n’est-ce pas toujours le cas dans un contexte d’expatriation? On ne peut pas prédire combien de temps durera l’aventure. Une PME est obligée de réagir très rapidement quand elle n’est pas en situation de tenir ses objectifs. Ce n’est heureusement pas le cas de Qosmos cette année; mais si les résultats s’avéraient décevants, nous serions dans l’obligation de revisiter nos priorités.

Personnellement je suis ravi d’être à Singapour et je pense que la décision de m’y installer est plutôt un investissement sur l’avenir, qu'une prise de risque. Le dynamisme est aujourd’hui en Asie plus qu’en Europe. Pour les personnes de ma génération, l’Asie donne le sentiment de mieux valoriser l’âge et l’expérience, qu’on sait le faire en Europe. Je ne suis pas inquiet et, pour tout dire, je suis plutôt optimiste.

 

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Martine Combemale, pionnière de l’audit social et créatrice de RH sans frontières.

Le champ de l’humanitaire et de la responsabilité sociale des entreprises est aujourd’hui  un terrain ouvert où se côtoient les projets les plus édifiants avec des initiatives dont la générosité ne compense pas toujours le manque de réflexion ou de recul par rapport au contexte global dans lequel elles s’insèrent. Martine Combemale milite pour une approche pragmatique. Engagée très tôt dans l’audit social et dans la lutte contre l’exploitation des enfants au travail, elle a multiplié les expériences en entreprise, auprès d’institutions internationales et dans le cadre de Vigeo. Avec RH Sans frontières, une association qu’elle avait créé il y a plusieurs années avec Jacques Igalens(*) et qu’elle relance aujourd’hui, elle entend aider les acteurs à structurer leur projet, accroître le professionnalisme des initiatives sur le terrain et ancrer les démarches de responsabilité sociale dans un véritable business modèle. Elle nous parle dans cet entretien de son parcours, des projets qu’elle nourrit dans le cadre de RH sans frontière, et de ses réflexions sur l’engagement dans l’humanitaire.

 

Comment êtes vous venue à l’audit social et à cette spécialisation dans le champ de la Responsabilité Sociale des Entreprises ?

Je suis issue d’un milieu modeste qui ne m’a pas d’emblée donnée toutes les cartes pour réaliser une ambition qui m’a toujours habitée : « mettre l’homme au centre des motivations ». Je voulais être juge pour enfants, mais j’ai sans doute manqué à l’époque du bagage culturel qui était nécessaire dans les concours de la magistrature. J’ai fait des études de Droit puis me suis spécialisée dans le management des Ressources Humaines et l'audit social.

A l’occasion d’une expatriation aux Etats Unis, j’ai eu l’opportunité de rejoindre le Groupe Milan Editions, spécialisé dans les publications à destination des enfants, comme Directeur pour l’Amérique du Nord. Mon statut de journaliste m’a permis à cette époque de rencontrer énormément de gens, dont des responsables du Comité International de la Croix Rouge. De fil en aiguille j’ai été amenée à m’engager personnellement dans la lutte contre le travail des enfants. J’ai ainsi participé, en 1997, à l’organisation de la marche contre le travail des enfants. J’ai réalisé ensuite de nombreuses missions, aux USA et en Afrique, en particulier sur le trafic des enfants dans les plantations de Cacao.

Et la RSE ?

On m’a conseillé de me spécialiser dans la Responsabilité Sociale des Entreprises. Je me suis donc formée à la norme SA 8000. J’ai ensuite réalisé des missions d’audit pour le compte de grandes entreprises, dans leurs filiales et chez leurs fournisseurs. Ces entreprises ont fini par me demander de les aider à former les principaux acteurs, ce qui m’a permis d’aller plus loin dans la démarche : de l’audit social à la formation et au monitoring.

Cet itinéraire m’a naturellement conduit chez Vigeo, quand cette agence de notation sociale a été créée à l’initiative de Nicole Notat, où j’ai poursuivi mon activité dans le conseil des entreprises et le management de projet.

Pourquoi avez vous souhaité créer RH sans frontières ?

Dans le cadre des missions que je réalisais, j’ai fait le constat d’un certain décalage entre les intentions de l’audit social et les conditions de sa mise en œuvre. Mon sentiment est que, dans un certain nombre de situations, les auditeurs sociaux, par manque de connaissance du contexte, du métier ou du secteur d’activité, déroulent des procédures d’audit fondées sur des référentiels qui sont inadaptés ou mal compris. En Chine, par exemple, les personnes ne comprennent pas les principes de droits humains qu’on veut leur imposer parce qu’ils n’ont pas les compétences de base dans le domaine de la gestion du personnel. Quand on leur parle d’heures supplémentaires, ils ne comprennent pas la subtilité dès lors que les personnes sont rémunérées à la tache. Il s’ensuit des incompréhensions et la tentation de tricher pour satisfaire formellement les exigences des donneurs d’ordre ou des auditeurs, sans modifier vraiment les pratiques. En Chine les personnes sont encore essentiellement considérées comme un « coût » avant d’être une ressource. Plus les contraintes s’accumulent, plus elles renforcent l’équation homme = coût qu’elles voudraient battre en brèche. C’est un cercle vicieux. La mécompréhension entraine la triche et finalement la perte de confiance.

Comment est né RH sans frontières ?

Le projet RH sans frontières est né en 2005, en association avec Jacques Igalens. Au départ, il s’agissait d’un projet de formation pour l’Europe de l’Est financé par la CEE. L’objectif était de démontrer que le respect des droits humains pouvait s’inscrire dans un véritable business model.

En Chine, cela a donné lieu à la rédaction d’un manuel de gestion des Ressources Humaines. Ce dernier devait être prolongé par la formation des chefs d’entreprise chinois aux concepts de base de la gestion du personnel. Malheureusement, cette formation n’a pu être mise en œuvre pour des raisons budgétaires et le manuel a été diffusé seul, ce qui est évidemment très regrettable.

Où en est actuellement l'association?

Au cours des derniers mois, les membres les plus actifs de l’association ont été très sollicités, comme je l’ai moi-même été au sein de Vigéo. Nous avons été contraints de mettre en sommeil les activités de l’association faute de temps à lui accorder. L’animation d’une structure comme RH sans frontière est un travail très exigeant qui s’accommode mal du travail en temps partagé. C’est d’ailleurs sur la base de ce constat que j’ai récemment décidé de quitter Vigéo pour me consacrer, cette fois à 100% au développement des activités de RH sans frontière.

C'est donc un nouveau départ?

Absolument. Avec de grandes ambitions.

Quel jugement portez-vous aujourd’hui sur le développement de la RSE et de l’humanitaire en général?

Mon sentiment est que trop peu de gens encore en France ont une véritable connaissance de ce qu’est la responsabilité sociale. L’ANPE par exemple, vient de mettre à jour son Répertoire des Métiers et des Emplois (ROME). Celui-ci n’intègre aucun emploi relevant du champ de la responsabilité sociale. C’est dommage car beaucoup de jeunes souhaitent et pourraient s’investir dans ce secteur. Faute d’information, ils parviennent difficilement à formaliser leur projet et restent parfois bloqués au niveau d’une motivation générique, « travailler dans l’humanitaire », qui, en soi, ne veut rien dire.

Cette difficulté intervient pour les fonctions qui ne ressortent pas des métiers clairement identifiés dans l’humanitaire. Quand on est spécialisé dans la logistique ou le médical, les manières de s’investir dans l’humanitaire sont assez évidentes. Pour ceux qui ont une autre qualification, il n’est pas évident de comprendre comment ils peuvent transposer leurs compétences dans le secteur du développement durable et de la responsabilité sociale. Je rencontre souvent des jeunes prêts à partir, parfois d’ailleurs déjà en contact avec une ONG, qui ne savent pas définir le projet dans lequel ils veulent s’investir. Je crois qu’il y a là un travail important à réaliser pour supporter concrètement ces jeunes qui souhaitent s’engager et pour leur proposer un cadre structuré.

 

* Martine Combemale est l’auteur, en association avec Jacques Igalens, du Que sais-je ? consacré à l’audit social. PUF 2005

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